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Les critiques de Julien Brnl
Bohemian Rhapsody
Réalisateur(s) : Bryan Singer
Article mis en ligne le 4 novembre 2018

par Julien Brnl
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Quel ravissement, et que d’émotion ! Le public, lui, aussi divers soit-il, sera donc soit conquis, soit frustré... Personnellement, on est situé entre les deux. 13/20

➡ Vu au cinéma Caméo des Grignoux - Sortie du film le 31 octobre 2018

Signe(s) particulier(s) :

  • projet de longue date, révélé en septembre 2010 à la BBC par Brian May (guitariste de Queen), mais ayant connu de multiples remous durant sa production ;
  • ce film biographique revient sur la formation du groupe, livre un portrait alternatif du chanteur de rock britannique Freddie Mercury, et explore le parcours du groupe dans les grandes lignes jusqu’à sa prestation au concert du Live Aid au stade de Wembley en 1985, sans évoquer ainsi les dernières années de vie de Freddie Mercury, mort du SIDA en 1991 ;
  • ouvrez bien les yeux : l’acteur Mike Myers (célèbre pour ses sagas « Austin Powers » et « Wayne’s World ») prête ses traits au producteur de musique Ray Foster, tandis que Joseph Mazzello, le petit Tim Murphy dans « Jurassic Park »(!), interprète le bassiste du groupe, John Deacon.

Résumé : « Bohemian Rhapsody » retrace le destin extraordinaire du groupe Queen et de leur chanteur emblématique Freddie Mercury, qui a défié les stéréotypes, brisé les conventions et révolutionné la musique. Du succès fulgurant de Freddie Mercury à ses excès, risquant la quasi-implosion du groupe, jusqu’à son retour triomphal sur scène lors du concert Live Aid, alors qu’il était frappé par la maladie, découvrez la vie exceptionnelle d’un homme qui continue d’inspirer les outsiders, les rêveurs et tous ceux qui aiment la musique.

La critique de Julien

S’il y avait bien un film attendu en cette fin d’année, et même depuis près d’une décennie par les fans du groupe, c’est bien le film « Bohemian Rhapsody » qui, comme son titre l’indique, nous raconte l’histoire du groupe Queen, considéré (selon un sondage d’opinion britannique paru en 2007) comme étant le « meilleur groupe britannique de tous les temps », devant les Beatles et les Rolling Stones... Il est en tout cas l’un de ceux dont la musique perdure à travers les âges, malgré la mort de son chanteur charismatique, il y a maintenant vingt-sept ans. Certes, deux des trois membres du groupe Brian May et Roger Taylor (le bassiste John Deacon a quitté le navire en 1997 à l’issue de l’enregistrement de la chanson « No-One But You (Only the Good Die Young) ne sont pas innocents à cela, étant donné qu’entre les albums posthumes, les concerts hommages, les tournées avec des remplaçants (Paul Rodgers, puis Adam Lambert), et même une comédie musicale, les deux comparses font vivre l’héritage de Queen, et de Freddie. Mais c’est surtout de lui que l’on se souvient, considéré comme l’un des plus grands »performers" de l’histoire de la musique, que ça soit autant pour sa voix que son extravagance, sa créativité ou son anticonformisme. Aujourd’hui, c’est le film retraçant leur histoire qui sort sur nos écrans.

Entre attentes et espérances, « Bohemian Rhapsody » voit enfin le jour, pour le meilleur comme pour le pire, mais après d’innombrables sorties de route. Petit tour, tout d’abord, sur la genèse du film, à l’image de l’importance et de l’ampleur du projet.
Au départ, Sacha Baron Cohen devait se glisser dans la peau de Freddie Mercury, mais c’est sans compter sur des « différences créatives » entre lui et deux membres du groupe Brian May (guitariste) et Roger Taylor (batteur) à l’origine du film. Tandis que Baron Cohen se rêvait d’évoquer sans tabous la vie de son leader Freddie Mercury, les ambitions des musiciens était toutes autres, eux qui souhaitaient un film tous publics, et familial. Viré en 2013, Sacha Baron Cohen a d’abord laissé sa place l’acteur britannique Ben Whishaw, tandis que le film devait être dirigé par l’acteur et réalisateur britannique Dexter Fletcher, avant que le projet ne connaisse de sérieux revers en 2014. Finalement, fin 2016 - début 2017, c’est le réalisateur américain Bryan Singer qui est assigné à la réalisation du film, tandis que le « frontman » de Queen sera interprété par l’acteur américain d’origine égyptienne Rami Malek (« Mr. Robot »). Mais à la date du 05 décembre 2017, Bryan Singer a été purement viré du film. Bien qu’on évoque des différents entre le cinéaste et l’acteur Rami Malek, les raisons officielles de son renvoi sont dues à ses absences et retards sur le plateau de tournage, pour raisons soi-disant personnelles. Or, il restait deux semaines de tournage au film, abouti aux trois-quarts... C’est alors que la production a ré-engagé le réalisateur Dexter Fletcher, un temps envisagé pour mettre en boîte le film.
Mais cette fois-ci, on y est. « Bohemian Rhapsody » est fin prêt à être livré aux yeux et aux oreilles du monde entier !

On conçoit d’emblée que plusieurs lectures peuvent se faire du film, étant donné notre rapport au groupe. En effet, le spectateur lambda devrait en avoir pour son argent, lui qui vient ici pour en apprendre sur le groupe (mais sans a priori), ré-entendre ses grands tubes dans une salle de cinéma, et surtout voir renaître le génie de Freddie Mercury sur un grand écran. Au contraire, les inconditionnels, les fans, ou encore les connaisseurs seront sans doute déçus du film, bien loin de refléter la véritable histoire de Queen, même si la bande-originale et la prestation de Rami Malek les raviront.

Car il y a du vrai, comme du faux dans ce film biographique, chapeauté de fond en comble par Brian May et Roger Taylor. Tout d’abord, ces derniers ont voulu montrer ce qu’ils voulaient montrer, suivant leurs points de vues et versions des faits, à tel point que le film nous rappelle que Queen était avant tout une famille, et que chacun des membres ont participé à faire naître cette légende. Il n’y en a donc pas ici que pour Freddie, mais aussi pour ses camarades musiciens. Dès lors, si l’on en croît le film, c’est Brian May qui serait à l’origine du rythme de « We Will Rock You », tandis que c’est de John Deacon que le titre « Another One Bites the Dust » tiendrait son riff. D’ailleurs, c’est ce point de vue de l’histoire qui a causé la séparation de la production du film avec l’acteur Sacha Baron Cohen, qui souhaitait lui centrer le film sur la vie de son personnage, sans forcément parler de l’histoire du groupe, et des autres membres.

On apprend donc ici véridiquement que le groupe était surdiplômé, que c’est Freddie qui a dessiné le logo du groupe, mais aussi que tous les membres composaient, ou encore que Freddie a vécu une histoire d’amour passionnée avec Mary Austin, laquelle a hérité de la moitié de la fortune du chanteur à sa mort, ainsi que de sa demeure géorgienne de Kensington, et d’un pourcentage sur les futures ventes de disques. Bien entendu, les deux tourtereaux ont vécu ensemble jusqu’à l’annonce de l’homosexualité de Freddie...

Mais le film livre des erreurs, ainsi que des anachronismes... Non, Freddie Mercury n’a pas quitté le groupe pour se lancer en solo, tandis qu’il n’était pas non plus le premier à se lancer en solo (il s’agissait de Roger Taylor puis « Fun in Space » en 1981). Non, le groupe ne s’est jamais séparé, pour se reformer ensuite pour participer au Live Aid en 1985... Le dernier compagnon du chanteur, Jim Hutton, n’était quant à lui pas un serveur employé par Freddie, mais bien un coiffeur et barbier... D’autres fausses informations viennent ponctuer ce film aux allures d’hommage trop élogieux à Queen, et lisse. À l’image du message que Mary fera passer à Freddie lors de l’annonce de son penchant pour les hommes, où celle-ci lui fera comprendre qu’il aura la vie dure à partir de là, ce que le film omettra de nous montrer, excepté part le rapport houleux que le chanteur entretenait avec la presse.

C’est une excuse pour une autre, soit celle d’éviter en grande partie de creuser la question de l’homosexualité du chanteur. Malgré quelques regards, et baisers discrets avec des hommes, il n’est véritablement question ici (d’un point de vue amoureux) que de la seule relation hétérosexuelle qu’a entretenu le chanteur durant sa vie, tournant son homosexualité à son désavantage, alors qu’il l’assumait pleinement (tout en étant discret sur sa vie sentimentale), et en jouait. Pire, le film nous montre que l’alcool, les drogues et les flamboyances gays du chanteur l’ont éloignées du groupe, poussé par son assistant et compagnon Paul Prenter...
Le film suit donc une structure narrative ultra-conventionnelle pour les biens des enjeux dramatiques du film, qui se devait d’être à l’image de ce que ses producteurs en attendaient, quitte à raconter des salades ou des inexactitudes sur Queen.

Et force est de constater que dans « Bohemian Rhapsody », l’émotion ne vient d’ailleurs jamais pour ce qu’il raconte, mais plutôt pour ce qu’il représente (le talent et l’image mythique de Freddie et du groupe), et rappelle (des chansons inscrites à jamais dans les mémoires). D’ailleurs, le summum du film, c’est le final, soit la reconstitution (en partie) du concert du groupe lors du Live Aid 1985, alors que Freddie était déjà atteint du SIDA. Même si l’on a déjà pu taper du pied lors des enregistrements en studio de quelques titres phares du groupe (« Bohemian Rhapsody », « We Will Rock You », « Another One Bites the Dust »), c’est à ce moment-là que la larme monte à l’œil, et que l’on se dit que Freddie Mercury et Queen auraient pu avoir, encore et encore, une très belle carrière, si la maladie n’était pas venue frapper à la porte du leader...

Concernant Rami Malek, l’acteur s’en sort avec les honneurs, mais difficile à arriver à la hauteur de Freddie Mercury. S’il lui ressemble davantage une fois ses cheveux coupés et avec sa moustache du début des années 1980, l’acteur fait du bon boulot, tant dans l’attitude, que dans la gestuelle. Il n’y a qu’à revoir le Live Aid, et établir la comparaison. On contraire d’un dentier qui semble précéder d’une minute l’acteur, les costumes l’aident aussi beaucoup à se fondre dans la peau de Farrokh Bulsara. Il en est de même pour les trois acteurs (Ben Hardy, Joseph Mazzello, Gwilym Lee) interprétant les autres membres du groupe, très ressemblant.

« Bohemian Rhapsody » n’est donc pas le biopic fidèle que l’on attendait, ni même un hommage en bonne et due forme à son interprète, car par pudeur ou contrôle d’image, le film ne reflète pas à sa juste valeur sa mémoire et sa personnalité. Non, le film est avant tout un produit destiné à faire perdurer le répertoire du groupe, et, par la même occasion, à engendrer de nouveaux fans. Quoi qu’il en soit, le film invite à rester jusqu’à la fin du générique. En effet, entendre les titres du groupe est déjà une chose, mais les entendre dans une salle de cinéma en est une autre ! Quel ravissement, et que d’émotion ! Le public, lui, aussi divers soit-il, sera donc soit conquis, soit frustré... Personnellement, on est situé entre les deux. En tout cas, le plaisir d’avoir fredonner quelques chansons est immense. Alors rien que pour ça, ne nous en privons pas !

Lien vers la critique de Cinécure

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