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Paul Verhoeven
Benedetta
Sortie du film le 08 septembre 2021
Article mis en ligne le 12 septembre 2021

par Julien Brnl

Genre : Drame, film historique

Durée : 126’

Acteurs : Virginie Efira, Charlotte Rampling, Lambert Wilson, Daphné Patakia, Olivier Rabourdin, Louise Chevillotte, Clotilde Courau, Hervé Pierre, Guilaine Londez...

Synopsis :
Au 17ème siècle, la jeune Benedetta mène une vie pieuse au couvent de Pescia en Toscane. Lorsqu’elle prétend voir Jésus et, en plus, se laisse séduire par une novice, la communauté monastique est en émoi. Ses visions sont-elles réelles ou Benedetta trompe-t-elle tout le monde ? Alors qu’à l’extérieur des murs du couvent, la peste frappe sans pitié, un jeu de pouvoir entre ses partisans et ses adversaires atteint des sommets sans précédent...

La critique de Julien

Bien que les voies de Dieu soient impénétrables, celles de Benedetta ne le sont pas toutes, même si elle prétendait voir Jésus. Censé être présenté au Festival de Cannes 2019, avant d’être repoussé en raison d’une opération à la hanche de Verhoeven, puis en 2020, avant d’être reporté à l’année suivante une fois de plus mais cette fois-ci en raison de la crise sanitaire, c’est finalement cette année-ci que nous pouvons enfin découvrir l’adaptation libre du livre « Sœur Benedetta, entre sainte et lesbienne » de l’historienne Judith C. Brown (1987), relatant l’histoire vraie de Benedetta Carlini, une nonne italienne, abbesse d’un couvent en Toscane, considérée comme mystique et vénérée par son entourage religieux, mais arrêtée et jugée pour saphisme, elle qui mourra en 1661 après trente-cinq ans d’emprisonnement dans le même couvent, des Théatines. Fidèle à ses thèmes de prédilection, que sont le sexe, la violence et la religion, qu’il considère comme « les trois principaux éléments sur terre », Paul Verhoeven dresse ainsi le portrait sulfureux d’une femme spirituelle particulièrement, lui qui laisse ici la porte ouverte à notre propre interprétation, en ne tranchant pas quant aux deux vérités qui coexistent à son égard : était-elle une mystique et/ou une manipulatrice ?

Beaucoup de bruit pour rien ? En tout cas, chez nos amis français, où le film est sorti le 09 juillet dernier, en parallèle de sa présentation à Cannes, « Benedetta » n’a pas enregistré plus de 400 000 entrées (le pass sanitaire n’aidant pas), pour un budget de production avoisinant les vingt millions d’euros. Autant dire que les pérégrinations religieuses et sexuelles de Benedetta Carlini, jouée par Virginie Efira, n’ont pas attiré les foules, et sont donc loin d’être rentables...

Loin de nous la volonté de ne pas parler en profondeur de ce film, mais le long métrage du cinéaste hollandais ne nous a guère passionné, la faute à de maigres enjeux scénaristiques, tournant toujours autour du pot, et trop - distinctement - autocentrés sur les thèmes fétichistes de son auteur, comme si la vie de cette sainte n’était résumée qu’à cela. Si on comprend d’emblée ce qui a plu au réalisateur dans cette histoire d’érotisme lesbien interdit et de foi aveugle, « Benedetta » ne reflète guère le mystère entourant cette figure importante de la religion catholique italienne du VXIIe siècle, la faute également au visage rayonnant de celle qui l’incarne, Virginie Efira, laquelle est dévorée par les interprétations de ses compères féminines de jeu, que sont Daphné Patakia (« Sœur » Bartolomea) et Charlotte Rampling (Mère Felicita), qui lui volent ainsi la vedette. Notons que la photographie et les effets spéciaux ne sont pas des plus réussis, tandis que la mise en scène, kitsch et statique, avance lentement vers le scandale provocateur attendu, même si Verhoeven s’est quelque peu calmé. Mais ce dernier ne parvient jamais ici à faire rebondir son récit en cours de route, vis-à-vis de certains événements ayant lieu, ce qui donne à chaque fois à l’ensemble un effet manqué. Et puis, curieusement, certaines scènes côtoient le rire, alors que l’effet recherché était sans doute tout autre, preuve que les représentations personnelles et - pourrait-on dire - blasphématoires du cinéaste, souhaitées comme modernes, sonnent parfois à côté de la plaque.