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CINECURE
L’actualité du cinéma sur RCF

CINECURE pas un blog mais le complément sur le web des émissions radio du même nom produites par Charles De Clercq pour la radio RCF en Belgique. Celui-ci est sensible aux émotions dont il se nourrit et aime analyser les rapport entre films et romans lorsque ceux-ci sont adaptés au cinéma.

Donato Rotunno (2015)
Baby (A)lone (Ouni D’Hänn / Sans les mains)
Sortie au BRFF le 7 juin 2015 à 19h30 (Flagey 4)
Article mis en ligne le 12 juin 2015
dernière modification le 20 avril 2017

par Charles De Clercq
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Les deux jeunes acteurs crèvent l’écran et font de ce film touchant un concentré d’énergie et de sincérité hors norme. Au Luxembourg, il y a maintenant aussi du vrai cinéma. 81/100

Synopsis : C’est un inadapté, un adolescent de 14 ans à peine au tempérament violent et solitaire. En échec scolaire et social, il vit seul avec sa mère alcoolique et sans emploi dans le nord du Luxembourg. Perturbé par le défilé incessant des nombreux amants que sa mère dégote sur Internet et dans les bars, traumatisé par l’absence d’un père démissionnaire, il s’est enfermé sur lui-même. Il communique essentiellement avec son alter ego, Johnny, personnage provocateur et brutal dont on ne sait pas très bien s’il est réel ou imaginaire. Mais, Johnny n’oublie pas son rôle et l’incite régulièrement à la violence.
(ci-contre : le réalisateur Donato Rotunno)

Présentation BRFF : Au Grand-Duché de Luxembourg, il y a des banques. Et des banques. Tout le monde a du boulot et de l’argent. Eh bien non. Baby(A)lone nous montre un pays plus complexe et enfin humanisé. On le découvre à travers deux très jeunes adolescents pour qui la vie n’a jusque là pas été une partie de rigolade. L’histoire de leur rencontre témoigne d’une Europe qui a bien des difficultés à être à la hauteur des valeurs humanistes qu’elle prône, mais où il reste malgré tout encore de l’espoir.
Leur fuite en avant, leur rejet de la société n’a d’autre but que la recherche de l’amour dont ils sont désespérément en manque. Les deux jeunes acteurs crèvent l’écran et font de ce film touchant un concentré d’énergie et de sincérité hors norme. Au Luxembourg, il y a maintenant aussi du vrai cinéma.

Acteurs : Joshua Defays, Charlotte Elsen, Etienne Halsdorf, Anouk Wagener, Jules Werner, Gabriel Boisante, Fabienne Elaine Hollwege, Monique Reuter, Pit Diederich (source IMDB).

Ce film qui n’a été présenté qu’en projection publique a été une véritable claque, une découverte ! Son plan inaugural ne se comprendra qu’à la fin du film. Celui-ci est une adaptation du livre de Tullio Forgiarini (né en 1966) Amok. Eng Lëtzebuerger Liebeschronik (Amok. A Luxembourg love story) publié en 2011. Cet auteur est également professeur au Lycée du Nord à Wiltz (Luxembourg). Le film est tourné en luxembourgeois, avec des acteurs luxembourgeois et principalement au Grand Duché ! Le deuxième plan nous montre un jeune, plus un enfant, mais pas encore vraiment un adolescent face à ce qui semble être une éducatrice. Derrière elle, à l’arrière-plan un autre presque adolescent aussi. Il conseille à X de ne pas aller dans ce lieu (sorte de maison de redressement), car « An den aasch gefeckt ze ginn. An den Duschen. » (il sera sodomisé, dans les douches"). Ces mots, ce sont les premiers du roman Amok !

Pendant la projection, je me suis dit, à plusieurs reprises : c’est comme si Entre les murs (Laurent Cantet, 2008) et Les géants (Bouli Lanners, 2011) avaient été revisité par Larry Clark ! C’est que les adultes sont absents de ce film qui met en scène un garçon et une fille de 13 ans environ (c’est également l’âge des acteurs dont c’est le premier rôle au cinéma !), sortes de Kit Carruthers et Holly Sargis, beaucoup plus jeunes, qui tels Bonnie and Clyde, se lancent dans une balade sauvage !

Lui, dont on ne connaîtra jamais le nom, disons donc X, rencontre Sherley dans une sorte de classe de remédiation que l’on appelle au Luxembourg « classe mosaïque ». C’est que l’une et l’autre ont « déconné » sérieusement. Lui, X, ne supporte pas que l’on traite sa mère de « pute », et pourtant elle l’est et exerce ce plus vieux métier du monde à la maison... via Internet. Elle n’en a rien à cirer de son fiston, accident de parcours, fruit non pas de l’amour, mais d’un « coup tiré » auquel elle n’a pas été assez attentive des conséquences. En attendant, lui entend les râles qui viennent de l’ordinateur et les commentaires de maman ! Shirley et X vivent dans un univers où la sexualité est partout présente. X se masturbe - mais le verbe « branler » conviendrait mieux à l’ambiance et au vocabulaire du film que je reprends ici en atténuant mon propos. Shirley dont les jupes sont excessivement courtes attire les regards des copains, d’autant plus « qu’elle suce pour vingt euros » ! Ce qu’elle ne peut accepter ? Qu’on dise qu’elle suce ? Ou qu’elle se contente de vingt euros ? Peu importe, le climat, le contexte sont là ! En revanche, les mères n’y sont pas. Outre celle de X qui laisse son fils à l’abandon et ne lui parle pas, celle de Shirley est morte des années plus tôt : overdose !

Dans la classe mosaïque (au lycée Belval), deux enseignants veulent aider Sailor et Lula, pardon X et Shirley ! C’est que c’est la dernière case. Après, c’est la prison ou une sorte de camp de redressement qui n’en est pas loin ! c’est ainsi qu’une éducatrice (Gintare Parulyte) et un professeur de mathématiques (Jules Werner) vont (tenter de) leur donner une chance ! Il y a aussi Johnny (Etienne Halsdorf). Parfois il est là, parfois non. C’est typiquement l’ami invisible, thème présent dans d’autres films. C’est lui qui incite(ra) X à la violence, toujours plus de violence et d’autonomie. Et lorsque X et Shirley fuiront la société, ils feront un détour où quelqu’un va les aider, avec un cœur gros comme cela... Mais cette nuit-là sera dramatique et mortelle. Il leur faudra partir en cavale ? Où et jusque quand ? Qu’en sera-t-il de X, de Johnny, de Shirley ? Cela tournera-t-il à la foire (d’empoigne ?), au tragique ? Quelle route s’offre à eux et une rédemption est-elle possible ?

On ne sort pas indemne de ce film dont le tournage s’est fait en présence des parents et surtout très vite, car à cet âge, les ados changent très rapidement. Ainsi, anecdote : un des jeunes a été rappelé quelques mois après le tournage pour une post synchro ! Trop tard, il avait mué !

Derrière le film et ses acteurs sublimes, il y a un projet pédagogique déjà présent dans le roman dont on sent que l’auteur est un éducateur confronté aux situations difficiles (les écoles ont même reçu un dossier pédagogique que je ne saurais trop conseiller et pas seulement aux enseignants !). On ne peut qu’espérer une sortie un jour en Belgique de cet excellent, émouvant et éprouvant film luxembourgeois.

Diaporama

Bande-annonce :


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