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CINECURE
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James Cameron
Avatar 2 : la Voie de l’Eau (Avatar : The Way of Water)
Sortie du film le 14 décembre 2022
Article mis en ligne le 13 décembre 2022

par Julien Brnl

Genre : Science-fiction, aventure

Durée : 192’

Acteurs : Sam Worthington, Zoe Saldana, Sigourney Weaver, Kate Winslet, Cliff Curtis, CCH Pounder, Britain Dalton, Jamie Flatters, Giovanni Ribisi, Jack Champion, Jemaine Clement, Stephen Lang...

Synopsis :
Jake Sully et Neytiri sont devenus parents. L’intrigue se déroule une dizaine d’années après les événements racontés dans le long-métrage originel. Leur vie idyllique, proche de la nature, est menacée lorsque la Resources Development Administration, dangereuse organisation non-gouvernementale, est de retour sur Pandora. Contraints de quitter leur habitat naturel, Jake et sa famille se rendent sur les récifs, où ils pensent trouver asile. Mais ils tombent sur un clan, les Metkayina, aux mœurs différentes des leurs...

La critique de Julien

James Cameron l’a (enfin) fait. Après 13 ans d’attente, celle-ci est enfin levée, avec la sortie de « La Voie de l’Eau », dans les salles de cinéma, et de préférence celles qui le proposent en IMAX 3D, histoire de profiter pleinement du spectacle que nous offre ce second volet. Heureusement, le cinéaste et Disney nous ont gâtés en septembre dernier, avec une ressortie en version remasterisée de « Avatar », au cinéma, rehaussée d’une image 4K et d’un son HDR, et agrémentée de neuf minutes d’images inédites, ainsi que d’une longue et sublime scène aquatique de sa suite, mettant en scène un jeune personnage encore inconnu, se lier d’amitié avec un Tulkun, une grande créature ressemblant à une baleine, et originaire des océans de Pandora. C’est donc avec beaucoup d’impatience qu’on attendait de pouvoir se replonger dans l’univers dantesque de cette planète, avec sa faune et sa flore, et suivre les nouvelles aventures de Jack Sully (Sam Worthington) et Neytiri (Zoe Saldaña). Et autant dire que l’attente en valait la chandelle, même si elle fut longue...

C’est sans doute ici l’événement de l’année, que bon nombre de spectateurs espéraient, plus d’une décennie après l’original, lequel a nourri toute une génération de spectateurs, tandis que l’enjeu de cette suite est d’y raccrocher celle-ci, tout en attirant celle d’aujourd’hui. Or, pas de souci à se faire à ce niveau-là, étant donné que l’introduction de « La Voie de l’Eau », commentée par la voix-off du désormais Na’vi accompli Jack Sully, nous replonge directement dans le bain, et revient sur les dix années qui se sont écoulées pour eux (presque comme pour nous), avec quelques clins d’œil aux événements précédents, dont tout le monde se souvient encore (ou dans les grandes lignes). La vie s’est ainsi régénérée sur Pandora depuis le départ de « ceux qui viennent du ciel », tandis que Eywa « Great Mother », force directrice de la vie et divinité de Pandora, a repris ses droits, elle qui maintient son écosystème en parfait équilibre, tout en reprenant les choses qui lui sont dues à leur mort. Cette entame nous présente ainsi la famille qu’ont fondée Jack Sully (devenu, souvenez-vous, le sixième Toruk Makto) et Neytiri, lesquels sont parents de trois enfants biologiques (l’aîné et responsable Neteyam, l’intrépide Lo’ak, et la très jeune Tuktirey), ainsi que de deux enfants adoptifs, avec d’une part Spider, un adolescent humain orphelin né à Hell’s Gate - base coloniale humaine sur Pandora - et Kiri, née biologiquement du corps de l’avatar de Grace Augustine (Sigourney Weaver), elle dont la connexion spirituelle et biologique avec Pandora se révèle très intense... Tout ce beau monde vit alors la plus belle de vie, jusqu’au retour des envahisseurs, et d’une menace passée (qui n’est en rien une surprise, puisqu’elle est créditée au générique de ce film et de ceux qui suivront) [1], bien décidée à se venger, et forçant, un an plus tard, Jack Sully à fuir, afin de protéger sa famille... Exit donc le clan Omaticaya (la tribu Na’vi de la forêt) pour celui de Metkayina, situé sur les récifs de Pandore, à 400 kilomètres des côtes, dirigé par Tonowari (Cliff Curtis) et Ronal (Kate Winslet), laquelle aura difficile à se faire à l’idée de fournir un refuge à Sully et les siens, dont la progéniture, marginalisée par cette tribu de Na’vi pure souche, est considérée comme des aliens, étant donné notamment leur cinq doigts de la main. Cependant, ils leur ouvriront leurs portes, lesquels vont devoir faire des efforts considérables pour être utiles au campement, et s’initier au monde sous-marin, tandis que les enfants se lieront (difficilement) d’amitié avec leurs nouveaux compagnons locaux, tout en se faisant à leurs coutumes, et à l’océan...

Dès son l’ouverture, musclée, « La Voie de l’Eau » pose ses jalons, et révèlent les thèmes qui lui seront chers, comme le rôle d’un père, qu’est celui de protéger sa famille, ou encore l’importance de se battre pour défendre ses terres, soit celles qui appartiennent à ceux qui y vivent, sans choisir l’exil comme dernier recours. Écrit par James Cameron, avec l’aide de Rick Jaffa et d’Amanda Silver, cette suite fait narrativement le choix de répéter quelque peu l’intrigue du premier film, étant donné ici la volonté de Sully de fuir, et dès lors de risquer involontairement d’attirer la menace jusqu’à lui, et une nouvelle tribu, jusque-là quasi-vierge de l’activité destructrice humaine. Celui-ci parvient même à nous ressortir une scène de naufrage en mer, rappelant amusément celle de son « Titanic » (1997). On doute cependant que cela soit un clin d’œil voulu à son chef-d’œuvre, étant donné la lecture unique et premier degré de ses films. Par ce qui semble donc être des redites en termes d’écriture, Cameron nous donne pourtant à poursuivre l’exploration de Pandora, et ses nouvelles facettes, ce qui a nécessité la création d’une nouvelle technologie, ou en tout cas son amélioration, étant donné que la motion capture faciale n’avait jamais été réalisée auparavant sous l’eau. Il aura ainsi fallu un an et demi à l’équipe technique pour mettre au point un nouveau système de capture de mouvement, permettant de gérer l’interface entre l’air et l’eau, formant un miroir mobile, et reflétant tous les points et marqueurs... Beaucoup de scènes du film sont ainsi filmées sous l’eau, alors que Kate Winslet (dans la peau de l’apnéiste Ronal) a retenu ici son souffle pendant plus de sept minutes, battant le record de la plus longue respiration retenue lors du tournage d’une scène de film sous l’eau, après Tom Cruise pour « Mission : Impossible 5 - Rogue Nation » (2015). Et on comprend aujourd’hui le temps qu’a pris la post-production de « La Voie de l’Eau », outre son temps d’écriture, alors que Cameron a révélé avoir jeté un premier script entier à la poubelle. En effet, l’écosystème aquatique créé ici de toutes pièces est, tout simplement, à couper le souffle, tandis que le travail sur l’éclairage, surtout pour les parties sous-marines, est exceptionnel, au même titre que l’action...

Sans temps mort, cette aventure épique enchaîne alors constamment les moments d’apprentissage, de partage, de peur, et surtout d’action, donnant toujours à voir au moins quelque chose d’unique, et d’intéressant. Les effets spéciaux de la société néo-zélandaise d’effets visuels numériques Wētā FX font ainsi des miracles. L’exécution des séquences de combat étonnent aussi par leur fluidité, leur densité, malgré quelques rares et étranges séquences illisibles. Les plans larges sont quant à eux légion, telle une incroyable chasse à la baleine grandeur nature, et un dernier acte sur et dans l’eau. On ne peut dès lors se lasser de l’imaginaire de James Cameron, lequel mêle ici toutes ses obsessions, au service d’une grande histoire offrant toutes ses lettres de noblesses à la famille, et son importance, envers et contre tous. Le spectateur se retrouve alors emporté par l’entreprise qu’est ce film-fleuve, aussi somptueux que plus dosé dans ses émotions que l’était son prédécesseur, et dès lors plus fort, plus puissant. On s’étonne aussi d’avoir ainsi les larmes aux yeux aussi bien devant des scènes déchirantes que devant la beauté du film, ou encore lors de moments qui nous emportent par leurs élans de bravoure et de grandeur, à couper le souffle, venant aussi bien de Sully qu’un de ses enfants, mais également de Payakan, qui n’est autre qu’un Tulkun, banni des siens dans son cas, se liant d’amitié avec le jeune Lo’ak. Cette bête, majestueuse, est sans aucun doute l’un des plus grands atouts de la nature créée pour ce second opus de la saga de James Cameron, lequel, s’il n’est qu’un animal, possède une écriture, certes incomplète, mais aussi forte qu’un personnage principal.

Long de plus de trois heures, « La Voie de l’Eau » est donc un ravissement de chaque instant, qui en plus de nous réimmerger dans la forêt de Pandora, nous invite à plonger dans un de ses nouveaux environnements, aussi riche et parfaitement illustré soit-il. On a ainsi du mal à imager que tout cela a été tourné avec des humains, en studio, avant de passer par la case des effets spéciaux, tant l’univers paraît ici réel. La prouesse de parvenir à un tel résultat visuel est absolument grandiose...

Porté par le thème musical de James Horner, « La Voie de l’Eau » n’a pas à rougir - bleu - de son modèle, lui qui en est une folle et digne suite, poursuivant son ambition technique, bien que moins scénaristique, l’ensemble restant peu original, et cloisonné à une écriture qui ne cherche pas à redéfinir les enjeux du film d’aventure. Aussi, il faudra à James Cameron la nécessité de renouveler l’antagoniste allant à l’encontre des Na’vi, ou en tous cas le faire évoluer, lui dont la motivation n’est ici que primaire. Quand bien même cette quête de vengeance ne pose ici aucun problème étant donné la place au spectacle et à l’éclosion d’intenses liens familiaux inespérés, celle-ci ne pourra se répéter en l’état. On espère donc, d’après les portes ouvertes du film à son issue, que Cameron et ses scénaristes parviendront à nous tenir en haleine, et à nous surprendre, outre que par la réussite technologique des prochains films, que l’on sait déjà indéniable. « Avatar 2 » laisse cependant entrevoir un bel et intriguant avenir aux enfants de Jack Sully et Neytiri, eux dont le développement est ici plus important que celui de leurs parents, lesquels marchent (jusque-là) dans leurs pas... Une chose est certaine, la voie de l’eau, elle, n’a ni commencement, ni fin...



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