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CINECURE
L’actualité du cinéma

Cinécure est historiquement lié aux émissions radio consacrées au cinéma par Charles De Clercq sur RCF. Depuis l’automne 2017, Julien apporte sa collaboration au site qui publie ses critiques.

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Ludovic Bernard
Au bout des doigts
Sortie le 26 décembre 2018
Article mis en ligne le 1er décembre 2018
dernière modification le 26 décembre 2018

par Charles De Clercq

Synopsis : La musique est le secret de Mathieu Malinski, un sujet dont il n’ose pas parler dans sa banlieue où il traîne avec ses potes. Alors qu’un des petits cambriolages qu’il fait avec ces derniers le mène aux portes de la prison, Pierre Geitner, directeur du Conservatoire National Supérieur de Musique l’en sort en échange d’heures d’intérêt général. Mais Pierre a une toute autre idée en tête… Il a décelé en Mathieu un futur très grand pianiste qu’il inscrit au concours national de piano. Mathieu entre dans un nouveau monde dont il ignore les codes, suit les cours de l’intransigeante « Comtesse » et rencontre Anna dont il tombe amoureux. Pour réussir ce concours pour lequel tous jouent leur destin, Mathieu, Pierre et la Comtesse devront apprendre à dépasser leurs préjugés…

Acteurs : Lambert Wilson, Kristin Scott-Thomas, Jules Benchetrit, Michel Jonasz

Le ton est donné dès le début du film, le ton de la musique, du film et de son genre. Un jeune homme (Jules Benchetrit) est assis devant un piano public dans une gare. Et même pour qui ne connait pas la musique dite « classique » comprendra de suite, sans même avoir lu le synopsis du film, de quoi il retourne. C’est que la caméra tourne et retourne autour de ce jeune et d’un homme qui le regarde. Les réflexes et les règles du jeu font que, s’agissant d’un acteur connu (Lambert Wilson) que l’on sait que l’on aura affaire à un « feel good movie » qui mettra en avant la découverte et l’assomption, voire la rédemption, d’un jeune talent méconnu ! A ce moment-là, même si les lignes semblent toutes tracées vers un final inévitable, correspondant bien aux règles du jeu... le spectateur sera prêt à accepter, d’autres règles, celle du jeu (du genre ici offert).

Celui ou celle qui connait Gus Van Sant, pas le réalisateur indépendant, mais le même, dans son versant « grand public » se dira qu’il a une version de Good Will Hunting (1997) revisitée vingt ans plus tard et mâtinée d’un peu de Finding Forrester (2000). Pourquoi pas ? Quelque chose de connu, avec une coloration française. Sans compte le jeune Jules dont on écrivait ici en 2016, à propos d’Asphalte : « Concluons par un tout jeune, Jules, le fils du réalisateur Benchetrit. Il avait déjà joué un petit rôle en 2015 dans le dispensable Une rencontre de Lisa Azuelos. Nous le trouvons ici dans un vrai premier rôle et malgré sa fragilité (au moins apparente), il arrive à donner corps et densité à Charly. Un acteur à suivre donc. Des portes peuvent s’ouvrir devant lui ! ».

Est-ce le cas entre les mains de Ludovic Bernard qui avait à peine réussi à faire sourire l’an dernier avec Mission Pays Basque et dont L’Ascension ne semble pas être sorti en Belgique ? « Des portes peuvent s’ouvrir devant lui », seront-ce celles du Conservatoire National Supérieur de Musique ? Certes oui, dans le film, prévisible dès le début, jusqu’à abuser de sa prévisibilité à tel point que l’on ne peut qu’espérer une chose pour Jules Benchetrit : qu’il ferme rapidement les portes sur ce personnage de Mathieu Malinski (même si tout cela se fait à son corps défendant).

Après une petite demie-heure, l’impression se renforce que le réalisateur en fait de trop. Ses acteurs aussi (mais peut-être est-ce ce qu’on leur demande ?). Car si le chemin d’un tel type de film est bien balisé : le héros méconnu sera sauvé mais avant la rédemption, il y aura des échecs, des failles et des amis douteux pour vous faire retomber au plus bas mais, finalement, tout sera sauvé. Bien balisé, on peut encore l’accepter. Mais ici, pour que l’on comprenne bien, le réalisateur savonne la piste pour que l’on glisse bien, très bien et que l’on entre en douceur dans le scénario qu’il oblige à prendre jusqu’à glisser au fond du puits. Là où l’émotion pouvait être présente dans les premières minutes, face, notamment, au « beau gosse » remplit de talents cachés et qui ne veut pas les exploiter, mais qui a eu une enfance difficile, et le directeur qui lui a vécu un drame familial, et dont l’épouse ne le comprend pas et est jalouse, mais que lui le professeur a vraiment tout compris envers et contre ses collègues, le Conservatoire et les élèves, que le professeur donc va mettre sa carrière en danger (vous suivez ?) il y a longtemps que le rire (nerveux) a remplacé l’empathie.

A tel point que face à un tsunami de clichés, de poncifs, l’on se demande si le réalisateur va s’arrêter. Non, il ne s’arrête pas. Il va plus loin. L’on se dit « il n’osera pas ». L’on voit les acteurs/personnages (ou les personnages/acteurs) en se demandant si le pire dialogue que l’on peut rêver ou cauchemarder va se faire entendre. Oui ! trois fois oui !

L’on ne va pas faire œuvre de destruction massive. En sortant, nous disions à un confrère : « cela ferait un bon film de Noël »... et celui-ci de répondre : « certes oui, mais en télévision sur TF1 ».

Enfin si Lambert Wilson, Kristin Scott-Thomas et Michel Jonasz n’ont plus rien à prouver, ni à perdre, l’on peut conseiller à Jules Benchetrit (que nous estimons beaucoup) d’être attentif à ses futurs rôles pour ne pas gâcher son potentiel.

Diaporama

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Bande-annonce :

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AU BOUT DES DOIGTS Bande Annonce (2018) - YouTube


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