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Cinécure est historiquement lié aux émissions radio consacrées au cinéma par Charles De Clercq sur RCF. Depuis l’automne 2017, Julien apporte sa collaboration au site qui publie ses critiques.

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Ewan McGregor
American Pastoral
Sortie le 28 décembre 2016
Article mis en ligne le 24 novembre 2016
dernière modification le 7 août 2019

par Charles De Clercq

Synopsis : A la fin des années soixante, Seymour Levov, un riche homme d’affaires, est marié à une très belle femme et mène une existence paisible... jusqu’au jour où sa fille devient une militante pacifiste contre la guerre du Vietnam et fait exploser un bureau de poste.

Acteurs : Ewan McGregor, Jennifer Connelly, Dakota Fanning, Peter Riegert, Rupert Evans, Molly Parker, Valorie Curry.

 Un roman et un romancier célèbres !

Ewan McGregor, l’acteur, qui a tourné dans des films « grand public », mais également d’auteurs, dont certains sont devenus « cultes », se lance pour la première fois dans la réalisation d’un long métrage. Et l’on ne peut dire qu’il choisit la facilité en s’attaquant à un auteur « culte », Philip Roth ! Celui-ci publie American Pastoral en 1997, qui « a valu à son auteur le prix Pulitzer de la fiction 1998, principale reconnaissance littéraire américaine, ainsi que le Prix du Meilleur livre étranger décerné à la traduction française de Josée Kamoun (2000) ». La présentation qu’en fait l’éditeur résume le roman : Après trente-six ans, Zuckerman l’écrivain retrouve Seymour Levov dit « le Suédois », l’athlète fétiche de son lycée de Newark. Toujours aussi splendide, Levov l’invincible, le généreux, l’idole des années de guerre, le petit-fils d’immigrés juifs devenu un Américain plus vrai que nature. Le Suédois a réussi sa vie, faisant prospérer la ganterie paternelle, épousant la très irlandaise Miss New Jersey 1949, régnant loin de la ville sur une vieille demeure de pierre encadrée d’érables centenaires : la pastorale américaine. Mais la photo est incomplète, car, hors champ, il y a Merry, la fille rebelle. Et avec elle surgit dans cet enclos idyllique le spectre d’une autre Amérique, en pleine convulsion, celle des années soixante, de sainte Angela Davis, des rues de Newark à feu et à sang... Passant de l’imprécation au lyrisme, du détail au panorama sans jamais se départir d’un fond de dérision, ce roman de Philip Roth est une somme qui, dans son ambiguïté vertigineuse, restitue l’épaisseur de la vie et les cicatrices intimes de l’Histoire. [1]

 L’acteur devient aussi réalisateur !

L’adaptation qu’en fait Ewan McGregor est assez fidèle. Toutefois, les échos provenant de ceux qui avaient déjà vu le film, notamment dans des festivals, étaient mitigés, voire négatifs, de quoi entrer en salle avec de nombreuses réserves ! De fait, même si le scénariste, John Romano, a une solide expérience... mais essentiellement dans le monde ses séries télévisées, il s’attelle ici à un monument de la littérature contemporaine... avec, pour réaliser cette adaptation, quelqu’un qui débute dans ce métier et, en outre, se retrouve également devant la caméra. A l’arrivée, c’est plutôt réussi, même s’il reste quelques bémols. C’est que si l’histoire date - c’est l’époque de la contestation radicale de l’engagement américain au Vietnam - certains combats d’alors, certaines questions de société résonnent encore aujourd’hui avec énormément d’acuité et plus encore dans l’ère Donald Trump qui s’ouvre aux USA. C’est qu’il est question de l’égalité des droits, en particulier pour les noirs, les questions écologiques, religieuses. Certains clichés n’ont pas disparu : le garçon, fan et phare de son institution scolaire parce qu’il est un sportif accompli, un champion, la fille parce qu’elle est reine de beauté et qu’elle à tous les atouts pour séduire. Si quarante ans environ après les événements, le roman de Roth pouvait s’écrire au passé, vingt ans plus tard, soixante ans environ après cette guerre tant décriée, le film lui donne une nouvelle actualité ! Mais au-delà de la dimension, universelle, ou au moins « historique » dans le sens où le film s’inscrit dans un terreau on ne peut plus concret de l’histoire américaine, il y a aussi l’intime d’une relation Parents/enfant, en particulier père/fille et le deuil qu’il faut faire lorsque les engagements d’un enfant sont aux antipodes de ses propres valeurs. C’est aussi la lente déliquescence d’un couple au fil du temps. Si cela est bien rendu à l’écran, le bémol serait au niveau de la concordance des personnages avec l’âge des acteurs. En demandant à des adultes de jouer le même rôle sur une durée de vingt ans environ, on est parfois aux limites des possibilités et de la véracité.

 Un film qui incite à en voir d’autres !

Toutefois, cela est de peu d’importance par rapport aux enjeux du film (et du roman) qui rappellent les combats de la Students for a Democratic Society (Merry Levov, si elle existait, serait donc membre de ce mouvement ou dans sa mouvance) qui deviendra ensuite Weather Underground. C’est ce qui a fait penser durant le film à un autre, de Sidney Lumet, Running on Empty (À bout de course), réalisé en 1988, dix ans avant le roman de Roth et qui traite d’une thématique analogue. Un film que l’on pourra revoir dans la foulée d’American Pastoral, de même que les combats de la jeune fille pourront mener le spectateur à (re)voir Night Moves de Kelly Reichardt (2013) qui aborde également cette question d’un dommage « collatéral » majeur : la mort d’un être humain lors d’un combat pour une (juste) cause (sachant qu’en plus on y retrouve également l’actrice... Dakota Fanning !).

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