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CINECURE
L’actualité du cinéma sur RCF

CINECURE pas un blog mais le complément sur le web des émissions radio du même nom produites par Charles De Clercq pour la radio RCF en Belgique. Celui-ci est sensible aux émotions dont il se nourrit et aime analyser les rapport entre films et romans lorsque ceux-ci sont adaptés au cinéma.

Andrea Arnold
American Honey
Sortie le 8 février 2017
Article mis en ligne le 20 janvier 2017

par Charles De Clercq
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Un beau et grand film, de style « indépendant », malheureusement trop long. 69/100

Synopsis : Star, une adolescente, quitte sa famille dysfonctionnelle et rejoint une équipe de vente d’abonnements de magazines, qui parcourt le Midwest américain en faisant du porte-à-porte. Aussitôt à sa place parmi cette bande de jeunes, dont fait partie Jake, elle adopte rapidement leur style de vie, rythmé par des soirées arrosées, des petits méfaits et des histoires d’amour… (ci-contre, la réalisatrice. © Rankin)

Acteurs : Shia LaBeouf, Sasha Lanen Riley Keoughn McCaul Lombardi, Arielle Holmes.

American Honey a obtenu le prix du jury au Festival de Cannes en 2016. Et même si tant le jury que son palmarès ont été largement controversés et critiqués, en particulier par la presse spécialisée, il n’empêche que le seul nom d’Andrea Arnold laissait augurer un excellent film.

A l’arrivée, il est possible d’en convenir... mais avec la tête, pas avec le corps ! C’est que je sors à la fois enthousiasmé et agacé de la vision du film, portant en moi les regards opposé de Guillaume Gas et de Olivier Bachelard sur le site Abus de Ciné. C’est comme si deux entités se disputaient à l’intérieur, un peu comme si j’étais possédé par Positif et Les Cahiers du cinéma ! Il m’est bien sûr possible de faire (et de jouer à) l’intello de gauche qui a tout compris. Et bien sûr, le film fait résonner en moi d’autres images et d’autres films, ainsi, sans être exhaustif ceux de Harmony Korine, Gus Van Sant ou Larry Clark (réalisateurs dont j’apprécie la majorité des films). Et j’aurais aimé aller dans le même sens, très enthousiaste de Fabrice Sayag dans Les chroniques de Cliffhanger ou de Jean-Marie Lanlo dans cinefilic. Ma déception est proche de celle de Sven Papaux dans son billet helvétique...

Deux choses m’ont empêché d’entrer dans ce road movie où tous les acteurs sont blancs. La première, qui est apparue sur toute la durée du film, consistait en de nombreux plans (nature, animaux, insectes...) insérés dans le fil de la narration qui donnaient un aspect de tics du cinéma indépendant. Genre, je me fais un film pour le Festival Sundance. Ces plans intercalés arrivaient bien trop souvent pour ne pas finir par m’irriter et m’agacer. Ils ont probablement du sens et ce serait faire un mauvais procès à la réalisatrice d’avoir formaté son film pour un public particulier. C’était peut-être nécessaire et/ou utile, mais m’a fait sortir du film. La deuxième, et bien plus que ces "tics’ dont on peut s’amuser soit en les comptant, soit en les percevant un deuxième degré plus qu’au premier, c’est la longueur de film.

Ce road movie est absolument interminable et les quasi 2h45 en paraissent subjectivement beaucoup plus. L’on se dira que c’est nécessaire pour découvrir une errance dans cette Amérique blanche aux multiples facettes, qu’il s’agisse des pauvres, de la middle class ou de ceux qui ont du pognon. Ce sont les questions que (se) posent ces vendeurs qu’il faut prendre le temps de découvrir. Si encore, le film frissonnait d’un danger potentiel (on imagine les trois hommes en blancs partir en mode revenge et course poursuite) je n’en dit pas plus, c’est à découvrir à l’écran ou encore les hommes qui travaillent dans le pétrole abuser de ces femmes qui veulent leur vendre des revues... Mais non, le film suit sa route, fût-elle sinueuse. L’Européen sera cependant surpris de voir ces nombreuses portes s’ouvrir même si tous n’achètent pas. L’on songera ici à ces fameux porte-à-porte avant les élections. Il y a là probablement quelque chose de l’époque des fondateurs. Il y a bien quelques scènes qui sortent du lot et qui donneront un style au film : les amours et le sexe entre certain(e)s, la façon de filmer, les scènes autour d’un feu, la nudité parfois, une caméra qui peut être voyeuriste, un cliché (!) qui conviendra à merveille à l’image que se donne l’acteur Shia LaBeouf lorsque son personnage utilise deux doigts pour vérifier dans l’intimité de Star qu’elle n’a pas eu de relation sexuelle...

Malgré tout cela et cette insupportable durée du film, je retiens une excellente interpénétration des acteurs dont la majorité sont des non professionnels dans leur premier rôle au cinéma. Il y a l’impression que de nombreuses scènes sont tournées en mode improvisation. Elles donnent le charme d’un film de copains/copines qui ont appris à se connaître durant le tournage. Il y a enfin deux interprètes à mettre en avant, outre l’excellente Riley Keough (Mad Max : Fury Road : tout d’abord Sasha Lane dans le rôle de Star qu’elle incarne de façon hallucinante. Enfin, Shia LaBeouf qui trouve ici matière à déployer son personnage avec les tropismes réels et supposés qui sont les siens. Le salle gosse, toujours aux frontières, qui en fait trop et qui aime casser son image pour mieux la (re)construire. C’est l’acteur que j’ai apprécié notamment dans Fury, Nymphomaniac, The Necessary Death of Charlie Countryman...

Rien que pour cela ‑ et pour autant que l’on accepte de ronger son frein, ou que l’on n’a pas de problème avec un film qui dure et s’étire dans le temps, où comme Chantal Akerman on n’aime pas les films où l’on ne voit pas le temps passerAmerican Honey vaut le temps de s’y attarder (jeu de mots assumé !).

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Bande-annonce :


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