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CINECURE
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Cinécure est un site appartenant à Charles Declercq et est consacré à ses critiques cinéma, interviews. Si celui-ci produit des émissions consacrées au cinéma sur la radio RCF Bruxelles, celle-ci n’est aucune responsable du site ou de ses contenus et aucun lin contractuel ne les relie. Depuis l’automne 2017, Julien apporte sa collaboration au site qui publie ses critiques.

Valérie Lemercier
Aline
Sortie du film le 10 novembre 2021
Article mis en ligne le 12 novembre 2021

par Julien Brnl

Genre : Comédie dramatique

Durée : 123’

Acteurs : Valérie Lemercier, Sylvain Marcel, Danielle Fichaud, Roc LaFortune, Jean-Noël Brouté...

Synopsis : :
Québec, fin des années 60, Sylvette et Anglomard accueillent leur 14ème enfant : Aline. Dans la famille Dieu, la musique est reine et quand Aline grandit on lui découvre un don, elle a une voix en or. Lorsqu’il entend cette voix, le producteur de musique Guy-Claude n’a plus qu’une idée en tête… faire d’Aline la plus grande chanteuse au monde. Epaulée par sa famille et guidée par l’expérience puis l’amour naissant de Guy-Claude, ils vont ensemble écrire les pages d’un destin hors du commun.

La critique de Julien

Pour sa sixième réalisation, Valérie Lemercier a visé haut, et fort. Retardé depuis une année, « Aline », librement inspirée de la vie de Céline Dion, débarque enfin dans nos salles, pour le plus grand bonheur des fans de l’artiste, elle qui est sans aucun doute l’une des plus grandes chanteuses de ces dernières décennies. Et c’est en décembre 2016, après l’avoir vue faire ses premiers pas sans René, sur scène, que la comédienne a été touché par sa franchise, elle qui est comme un livre ouvert, ainsi que par son courage et sa solitude, tout en parvenant à s’identifier à elle, étant donné que la comédienne a - dans des proportions certes bien moindres - passé également une grande partie de sa vie sur scène, ainsi que connu notamment les joies d’une grande famille. Très documentée, l’écriture a alors commencé après un an de recherches et de lectures. Mais à l’issue d’une soixantaine de pages, et grâce à sa coscénariste Brigitte Duc (avec qui elle a écrit « PALAIS ROYAL ! »), l’idée de composer avec la réalité de la vie de Céline Dion est devenue une évidence. C’est de là qu’est né « Aline »...

Que les fans se calment tout de suite. Cette fiction, respectueuse dans l’âme de la femme qu’est Céline Dion, n’est pas fidèle à sa carrière musicale. En effet, Lemercier a, par exemple, fait le choix de jouer avec la temporalité de certaines de ses chansons, en faisant dès lors chanter à Aline certaines d’entre elles plus tôt ou plus tard par rapport à la carrière de Céline, et cela afin de leur permettre de résonner avec la narration du film, respectant quant à elle les grandes lignes de la vie de l’artiste, alors étalée sur cinquante années. Mais surtout, « Aline » est axé sur l’histoire d’amour qui liait Céline et René, au cœur de l’histoire de Céline, eux qui se sont ainsi trouvés, et lui qui a, souvenez-vous, hypothéqué sa maison pour produire son premier disque. Et on sent ici Valérie Lemercier motivée par une soif d’authenticité dans sa démarche de mise en scène d’une femme qu’elle idolâtre, quelque part, pour ce qu’elle est, et ce qu’elle a vécu, et sa volonté d’en retranscrire son humour, et ses forces vives, sans pour autant chercher à l’imiter, bien que la ressemblance soit parfois frappante. D’ailleurs, on ne peut que saluer le travail notamment effectué sur les costumes, surtout quand on sait que plus de cent cinquante changements ont été nécessaires pour le personnage, passant d’une petite fille peu gâtée par la nature à une icône mondiale, grâce à sa voix et à son talent. Cependant, on est largement moins fan des effets spéciaux. En effet, tandis que Valérie Lemercier incarne Céline depuis l’âge de cinq ans, son visage a alors été greffé par la magie des trucages sur le corps d’une petite fille. Or, Lemercier n’a pas le visage d’une petite fille, tandis que les mouvements du corps en question peinent à suivre une cadence naturelle. On reste alors quelque peu embarrassé par ces effets, bien que, la caméra tend à esquiver au maximum ces derniers, en filmant notamment de loin la demoiselle, ou de dos.

« Aline », en se focalisant sur une histoire d’amour, en oublie volontairement le répertoire de la chanteuse. Or, si on va voir un vrai-faux biopic sur Céline Dion, c’est avant tout pour son catalogue musical, extrêmement riche, né de formidables rencontres et d’opportunités, que seul le talent de son interprète pouvait saisir (on pense évidemment à l’histoire derrière « My Heart Will Go On »). Pourtant, le film ne brasse que trop peu de ces classiques de la variété, notamment francophones. Aucune allusion ou presque n’est alors faite à un de ses albums, ce qui est assez triste. De même, alors que certains épisodes musicaux sont attendus (tel que sa participation à l’Eurovision), ces derniers sont détournés, et cela souvent par l’utilisation d’une musique de fond, n’ayant de lien (direct ou presque) avec ce qui est en train de se jouer à l’écran, dans la vie de l’artiste, ou du personnage narré. Également, ce n’est pas la voix de la chanteuse que l’on entend lorsque Valérie Lemercier fait mime de chanter, mais bien celle de Victoria Sio, notamment vue et entendue dans la comédie musicale « Le Roi Soleil » (2005), produite par Dove Attia et Albert Cohen. Si sa voix impressionne, celle-ci est tout de même un ton en dessous de celle de son modèle. Mais c’était, de nouveau, un choix de faire ici un énième pas de côté, afin de raconter non pas Céline, mais bien Aline...

À ne pas s’y méprendre, ce manque, ou plutôt cet acte délibéré de ne pas se calquer sur la carrière musicale de l’artiste, mais bien d’en jouer, sert ici à mieux se concentrer sur sa vie sentimentale, même si le récit est parfois trop appuyé et, à la limite, intrusif. On comprend dès lors que Céline n’ait souhaité ni lire le scénario du film, ni le voir. Mais force est de constater que l’émotion est bien au rendez-vous. Car « Aline » est un de ces films qui racontent une histoire d’amour hors du commun, qui n’existe presque que dans les contes de fées. Or, celle-ci est bien véridique. Et la plus grande richesse du film est sans doute d’avoir réussi à lui rendre hommage. Et puis, on reconnaît au travers du film toute l’excentricité et la tradition qui animent son interprète principal, Valérie Lemercier, elle qui transcende ici le rôle, mais sans jamais forcer le trait. Cette distance, prise avec la réalité, résulte de la bonne note tenue de l’ensemble, sans fausseté apparente, tandis qu’on ne peut ne pas parler des partitions d’acteurs qui entourent la comédienne, telles que celles de Sylvain Marcel en Guy-Claude, alias René, de Danielle Fichaud, dans la peau de sa mère, ainsi que d’Antoine Vézina, dans celle de son frère aîné. Le casting, 100% québécois, en plus d’être généreux et sensible, apporte de la crédibilité à ce projet fou, qui n’était donc pas qu’un rêve...



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