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Cinécure est historiquement lié aux émissions radio consacrées au cinéma par Charles De Clercq sur RCF. Depuis l’automne 2017, Julien apporte sa collaboration au site qui publie ses critiques.

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Fabrice Du Welz
Adoration
Sortie du film le 15 janvier 2020
Article mis en ligne le 15 janvier 2020

par Julien Brnl

Signe(s) particulier(s) :

  • dernier film de la trilogie ardennaise de Fabrice Du Welz après « Calvaire » (2005) et « Alléluia » (2014) ;
  • Bayard d’Or de la meilleure interprétation pour Fantine Harduin et Thomas Gioria au Festival International du Film Francophone de Namur 2019.

Résumé : Paul, un jeune garçon solitaire, rencontre Gloria, la nouvelle patiente de la clinique psychiatrique où travaille sa mère. Tombé amoureux fou de cette adolescente trouble et solaire, Paul va s’enfuir avec elle, loin du monde des adultes...

La critique de Julien

En mai 2005, un certain Fabrice Du Welz présentait son premier film « Calvaire » à la Semaine de la Critique au Festival de Cannes 2005. Puis, près de dix ans et quelques films plus tard, sortait « Alléluia », formant le second volet de sa trilogie ardennaise, également sélectionné quant à lui à la Quinzaine des réalisateurs à Cannes en 2014, et pour lequel il retrouvait pour l’occasion l’acteur Laurent Lucas, déjà à l’affiche de son court-métrage « Quand on est Amoureux c’est Merveilleux » (1999). Autour de passions amoureuses toxiques, mais aussi d’un besoin cruel d’amour, ce cinéma de Du Welz, bercé par celui de Wong Kar Waï, Larry Clark, ou encore de Buñuel, ne laissait pas indifférent, alors développé au travers de contes fantastiques inquiétants, dérangés, et dérangeants. Pour « Adoration », qui clôt cette trilogie, le cinéaste poursuit son exploitation des histoires d’amour dévorantes, bien qu’il calme ici le jeu, à hauteur de ses deux jeunes acteurs et personnages principaux, campés par Fantine Harduin (Happy End) et Thomas Gioria (Jusqu’à la Garde).

Paul, un gamin solitaire, mais en quête d’affection, vit avec sa maman, à proximité du centre psychiatrique dans lequel elle travaille, et situé en Ardenne. Nous sommes en été, et le jeune garçon croisera dans le jardin de l’établissement une fillette de son âge, patiente du bâtiment, mais tentant alors de s’échapper. C’est alors le coup de foudre, naïf et intense, pour Paul envers Gloria (prénom utilisé par Du Welz pour représenter le personnage féminin qui va éveiller une extrême passion envers autrui dans ses intrigues). La demoiselle, troublante et troublée, exercera alors un véritable pouvoir d’attraction sur le jeune garçon, de là à s’oublier moi-même. Ils s’enfuiront alors, tous deux, au cœur d’une quête aveugle, aussi libératrice qu’infondée... 

Avec « Adoration », Fabrice du Welz nous invite dans un conte cruel rythmé par les émotions de ce garçon, Thomas, lequel est alors le regard du film, mais aussi l’âme et la bonté, tandis que la caméra ne le quitte jamais. Au travers de cet amour naissant et innocent, il sera alors question d’éveil des sentiments, d’acte de foi transcendé par l’amour, d’empathie totale, et, petit à petit, de basculement vers la folie. Car Thomas sera prêt à tout pour suivre Gloria et l’emmener là où elle l’a décidée, peu en importe le prix, et les dangers, étant donné cet amour dévastateur, qui le frappe, à quatorze ans.

Inspirée par « L’Idiot » de Dostoïevski, « Le Candide » de Voltaire, ou encore par l’œuvre de Rossellini, Du Welz nous confronte au ressenti de son jeune personnage joué par Thomas Gioria, lequel s’abandonne à la caméra, tout comme le fais aussi Fantine Harduin (avec ses airs de Sissy Spacek dans « Carrie au Bal du Diable » de Brian De Palma). Ces derniers transcendent alors la part de mysticisme, voire de fantastique, qui peut naître d’une rencontre, et poussant ses acteurs à agir dans l’aliénation de soi, et par contamination des sentiments, plutôt que par raison. En effet, qu’est-ce qui nous dit que ce que Gloria raconte à Paul sur sa vie est vrai ? Pourtant, Thomas n’y verra que de feu. D’ailleurs, les rencontres qu’ils feront en chemin appuieront ce sentiment d’infection incontrôlable, que ça soit au travers des personnalités qu’ils côtoieront et qui renverront vers leur état, ou tout simplement vis-à-vis de leurs réactions qui les pousseront parfois à agir de la sorte. Il est certain qu’avec « Adoration », Fabrice Du Welz ouvre une nouvelle porte...

Dans sa démarche plus intime, le réalisateur et scénariste belge se met ainsi en danger, en sortant de sa zone de confort, même si son film est toujours bercé dans un univers qu’il affectionne toujours autant, entre réalité et irréalité. Tournée en pleine nature ardennaise, et filmée en pellicule et son grain, cette aventure possède ainsi un cachet qui invite à nous plonger dans un monde quelque peu fantasmagorique, dans lequel vont évoluer ces personnages, et leur amour. Paysages boisés, larges étendues sauvages, brume épaisse recouvrant un fleuve, tunnel de chemin de fer... La photographie, les décors traversés par le couple, mais aussi la bande-originale, traduisent ainsi cette volonté de codes et textures propres à la poésie, au mystère, dès lors qui nous dépasse, mais qui prend parfois possession de nous, sans qu’on ne puisse dès lors l’expliquer. Visuellement, « Adoration » est beau et inquiétant, tandis qu’il est profondément motivé par les volontés de son très bon metteur en scène d’explorer d’autres contrées que celles qui a déjà visitées. Malheureusement, il en oublie le plus important, à savoir un scénario qui tient, à notre tour, en éveil. 

« Adoration » ne livre en effet pas assez de contenu narratif pour nourrir sur la distance son questionnement de l’amour et ses conséquences extrêmes. On a alors la mauvaise impression d’une longueur interminable, qui n’en finit plus. Certes, le film est habité et intéressant, mais il en demeure très pauvre au niveau de ses rares péripéties. Dès lors, l’horloge tourne lentement, et « Adoration » se transforme en un doux... calvaire. Dommage. 

Porté par la fougue et l’authenticité de ses interprètes, ainsi que par sa scénographie, « Adoration » est une quête initiatique amoureuse dévastatrice, qui réinvente, ou plutôt grandit, le cinéma de son auteur, dont on est déjà curieux de découvrir la suite. En espérant cependant qu’il puisse trouver le bon équilibre entre ce qu’il veut raconter, et comment le raconter, afin de le rendre le plus à même de parler au spectateur, et de l’entraîner avec lui.

https://www.youtube.com/embed/7Kr4MNlpfrE
ADORATION Bande Annonce (2020) Benoît Poelvoorde, Fabrice Du Welz - YouTube

➡ Vu au cinéma Caméo des Grignoux



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