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Cinécure est historiquement lié aux émissions radio consacrées au cinéma par Charles De Clercq sur RCF. Depuis l’automne 2017, Julien apporte sa collaboration au site qui publie ses critiques.

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James Gray (et Dan Bradley)
Ad Astra
Sortie le 18 septembre 2019
Article mis en ligne le 15 septembre 2019
dernière modification le 1er octobre 2019

par Charles De Clercq
  Sommaire  

Synopsis : L’astronaute Roy McBride s’aventure jusqu’aux confins du système solaire à la recherche de son père disparu et pour résoudre un mystère qui menace la survie de notre planète. Lors de son voyage, il sera confronté à des révélations mettant en cause la nature même de l’existence humaine, et notre place dans l’univers.


Cliquer pour lire le synopsis détaillé

Vers 2120, Roy McBride, un ingénieur, est un astronaute de la NASA. Opérateur d’un téléscope installé sur la Terre, sa station d’observation est détruite lors d’une surcharge venue de Neptune, qui cause des ravages également sur Terre.

Ayant échappé à la mort, le major Roy part alors en mission à la recherche de son père Clifford McBride, disparu seize années plus tôt lors d’une mission de recherche d’une vie extraterrestre visant à établir une base sur Neptune. Cette mission dénommée « projet LIMA » aurait perduré. Les actes de Clifford et de son équipe sur Neptune pourraient être en rapport avec les menaces identifiées.

De la Terre à la Lune, totalement colonisée par les terriens, d’où il doit émettre un message vidéo pour son père, en passant par Mars et jusqu’à Neptune, Roy va dévoiler des secrets qui menacent l’humanité ainsi que la vie sur la Terre. Et illustrer d’une nouvelle manière les relations entre un père et son fils. (Wikipedia)


Acteurs : Brad Pitt, Tommy Lee Jones, Liv Tyler, Donald Sutherland, Ruth Negga, Greg Bryk, Jamie Kennedy, John Ortiz, Kimberly Elise, Loren Dean

 Pour

Les superlatifs ne sont pas de trop pour décrire ce film et ses références, assumées ou pas ! Sans dévoiler outre mesure l’intrigue pour ne pas « spoiler » le film, l’on peut écrire d’emblée que celle-ci ou du moins le cadre de SF dans lequel le film s’intègre, voire s’incarne est second, voire secondaire. Certes les références dans ce genre ne manquent pas, qu’il s’agisse de 2001, Gravity ou d’Interstellar mais le film va bien au-delà de ce genre qui n’est ici qu’un cadre, même s’il se veut réaliste. On ne franchit pas ici les limites de notre système stellaire et l’on ne franchit pas la vitesse de la lumière et l’on ne possède pas de téléportation à la façon Star Trek. « En avril 2017, durant la promotion de The Lost City of Z, [James Gray] compare l’intrigue de Ad Astra au roman Au cœur des ténèbres de Joseph Conrad. Il explique par ailleurs que son intention est de faire un film sur le voyage spatial, mais avec une approche très réaliste. (Wikipedia) »

Et, de fait, nous ne sommes pas loin de la longue nouvelle de Conrad à la fin du XIXe siècle, avec ce film-récit initiatique, à la découverte de ses origines : le père, et, soi-même, dans la foulée (en jouant sur les mots, l’on pourrait (d)écrire : « Mon père ce héros » ou « Je suis ton père » voire, au risque du sacrilège : « celui-ci est mon fils bien-aimé ; en lui je place toute ma confiance ». Une quête métaphysique à laquelle la voix off donne tout son sens, non sans ramener à la mémoire The Tree of Life (Terrence Malick, 2011, Palme d’Or) où cette voix apporte une (re)lecture supplémentaire d’une vie, où passé (surtout) et présent apportent une densité au voyage du héros, malgré les embûches qui parsèment sa route tout en risquant de le dérouter. Dès lors l’on pensera plus à Apocalypse Now qui adapte ce roman qu’à un space opera.

L’amateur de SF ne sera pas en reste avec de très belles images spatiales (en particulier en IMAX) mais aussi l’intégration dans le futur de thèmes actuels et qui seront toujours d’actualité : les conflits sur les ressources lunaires entre Etats et sociétés privées, occasion de découvrir un combat lunaire, à la mode western, mais néanmoins SF avec des images propres à vous faire écarquiller des yeux et un son qui fait vibrer les caissons de grave de la salle de projection (cependant sans atteindre le niveau de Dunkerque) ; une nage sous l’eau dont la conclusion se jouera au dixième de seconde près. Une réflexion sur l’expérimentation animale, tout autant que sur le fait que la fin puisse justifier les moyens.

Tout comme Ulysse s’en était allé faire un long voyage, lorsque Roy aura pu parler avec son père et clôturer son entretien de façon... incandescente, il reviendra, loin du bruit des explosions pour prendre acte de son rôle de fils et découvrir que pour l’être il faut laisser mourir le père en soi et prendre acte qu’homme et femme quitteront leurs parents et que tous deux ne feront plus qu’un... (bon, gageons que cette référence biblique n’était pas prévue par les réalisateurs).

Que voilà donc un beau film, profondément humain sur une quête métaphysique, une quête identitaire, qui devrait ravir les fans du réalisateur, de Brad Pitt et ceux qui aiment en avoir pour « leur argent » avec un film qui en offre plein les yeux et donne à penser ! 80/100

 Contre

Nous serions dans « futur proche » si l’on comprend bien le texte du début du film... mais plus lointain à la découverte de l’intrigue (ce que confirmerait l’année 2120 dans le synopsis Wikipedia). Peu importe, quelle que soit l’époque, il y a tant de choses qui clochent dans ce film qu’il irritera très rapidement. A commencer par une voix off, horripilante, qui se la joue réflexion profonde à la Malick (façon The Tree of Life très caricaturale) qui fera comprendre au spectateur ce qu’il risque de ne pas saisir. Un peu à ces musiques de film qui vous disent ce que vous devez penser, de peur que vous ne compreniez pas). Bien plus, s’augurant (volontairement ou pas) de plumes de paons en puisant tout aussi bien dans 2001, Gravity, Interstellar, voire même Apocalypse Now, Ad Astra n’atteint aucune de ses illustres références, malgré les atours d’une quête métaphysique. Revoyez ces films après Ad Astra et vous découvrirez combien le fossé est aussi énorme que de passer d’un vaisseau spatial à un autre avec une plaque métallique du premier vaisseau (même Star Trek n’aurait pas osé !) ou de tomber d’une station orbitale sur la terre en combinaison spatiale ! Ben oui, il y a un parachute. Et sans bouclier thermique ! Sans une brûlure : oui madame - ou monsieur !).

Passons sur l’épopée métaphysique, ratée (je suis ton père... mais en moins bien), et peu importe puisque James Gray « explique par ailleurs que son intention est de faire un film sur le voyage spatial, mais avec une approche très réaliste ». Voilà le fin mot de l’histoire : non seulement un film sur le voyage spatial, mais en plus « très réaliste ». Et c’est là que le bât blesse, et sérieusement. En tout cas pour un vrai fan de SF, de celui qui a été bercé, biberonné avec la littérature de l’âge d’or. Tous conviendront qu’en science-fiction il y a des choses aujourd’hui impossibles (et possiblement pour toujours) que l’on admet comme présupposés (vitesse hyper luminique, voyage dans le temps...). Toutefois, il y a principe de base, celui de la vraisemblance ou plutôt de la cohérence de l’univers proposé.

Et cela semble bien le cas pour Ad Astra, du moins à première vue : la station orbitale, les fusées à étage, les véhicules lunaires, le voyage terre-lune... Les décors sont au top niveau. Cela sonne juste et vrai ! Sonne ?! Comme les bruits d’explosion sur la Lune ? Ben on ne devrait rien entendre, comme dans Gravity n’est-il pas ? Et, comme signalé au début : un astronaute qui tombe d’une station orbitale sur la Terre sans prendre feu (même Gravity avait trouvé une astuce), parce que le parachute ici, cela est non seulement ridicule, mais impossible (physiquement... d’où aussi l’idée que l’on puisse prévoir un parachute dans un combinaison orbitale... non mais allo c’est quoi !).

Venons-en aux fusées. L’on dira : mais là c’est vraiment crédible. Oui comme fusée à étages, le type de propulsion que nous connaissons, mais pour relier Mars à Neptune en 79 jours, il faut un tout autre type de propulsion que celui des fusées du film. Parce, tous comptes faits, quatre milliards cinq cents millions de kilomètres, cela nous fait du quarante mille kilomètres par seconde. Ce qui ne cadre pas avec les 19 jours de la Lune à Mars... et sans compter... si, en fait, on compte qu’à cette vitesse, le trajet terre/Lune se fait en moins de dix secondes !

Il y a aussi la question des transferts qui pose de sérieuses questions, bien plus que ceux des joueurs de foot ! Il y a des passages de vaisseau à vaisseau d’une simplicité enfantine (voyez déjà les difficultés dans Gravity !) ; ou encore, il y a de l’eau sur Mars (les canaux peut-être ?) ! Admettons... sous la surface et pas gelée ! Ou encore, Mars colonisée, pourquoi pas ? Avec des constructions en béton (ce qui nécessite de l’eau en abondance - ben, quoi, il y a un lac pas gelé mon bon monsieur !). Ou encore quand une combinaison spatiale d’aujourd’hui est identique à celle d’un astronaute parti plus de seize ans plus tôt...

Pour une approche qui se veut réaliste, on est très loin du compte et, pour le coup, la partie geek de SF qui habite le rédacteur de cette critique a été envoyée en orbite au-delà de Neptune (ben oui, comme... bon on arrête ici sinon on va finir par trop spoiler) ! 55/100



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