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Étienne Comar
À l’Ombre des Filles
Sortie du film le 13 avril 2022
Article mis en ligne le 15 avril 2022

par Julien Brnl

Genre : Comédie dramatique

Durée : 106’

Acteurs : Alex Lutz, Agnès Jaoui, Hafsia Herzi, Marie Berto, Veerle Baetens, Fatima Berriah, Anna Nadjer...

Synopsis :
Après avoir accepté d’animer un atelier de chant dans une centre de détention pour femmes, Luc, chanteur lyrique et musicien, va se retrouver confronté aux tempéraments difficiles de six détenues. Bien que d’abord majoritairement réticentes, elles vont capter toute son attention. Progressivement, Carole, Jeannine, Noor, Jess, Oksana et Catherine vont se laisser apprivoiser par la musique et goûter à un semblant de « liberté ».

La critique de Julien

Après son premier film biographique « Django » (2017), lequel revenait sur la période de la vie du grand guitariste tzigane Django Reinhardt (joué par Redha Kateb) sous l’occupation allemande, et forcé alors de fuir pour éviter de jouer devant les Allemands, et ainsi sauver sa peau, le réalisateur, scénariste et producteur Étienne Comar nous parle toujours de musique au sein de son nouveau film intitulé « À l’Ombre des Filles », dans lequel Alex Lutz interprète Luc, un chanteur lyrique renommé, alors en pleine crise de culpabilité suite au décès de sa mère, et dès lors en crise existentielle, lequel va alors accepter de se confronter à un univers à l’opposé du sien, en animant, pour la première fois, des ateliers de chant en détention pour des taulardes.

Tandis qu’il nous rappelle forcément le film « Un Triomphe » (2021) d’Emmanuel Courol, adapté d’une histoire vraie, et dans lequel Kad Merad jouait un acteur en galère acceptant, pour boucler ses fins de mois, d’animer un atelier théâtre en prison auprès de jeunes en quête de réinsertion, « À l’Ombre des Filles » se veut lui plus documenté dans sa manière d’approcher le travail de cet homme, notamment dans la manière de représenter l’enfermement de ces femmes, en filmant lesdits cours en pellicule argentique afin de mieux capter les expressions des visages, mais en jouant également sur des plans de moins en moins serrés, reflétant ainsi la place gagnée par ces détenues au fur et à mesure de leur apprentissage du chant. Mais cette expérience sera surtout une thérapie pour le protagoniste principal de l’histoire, Luc, quelque peu égaré, lui qui ne pouvait plus entendre sa voix depuis que celle-ci avait pris le pas sur sa vie sociale, familiale, après l’avoir éloigné des siens. Sa confrontation aux tempéraments difficiles des détenues l’aidera dès lors à se retrouver, vis-à-vis de ce que lui apportera chacun des profils, tout en se refusant de connaître les causes de leur détention, sans leur porter donc de jugement de valeur, et en gardant ainsi une distance professionnelle vis-à-vis de ces femmes. Luc trouvera alors en elles une quête de liberté, face à leurs difficiles conditions de détention, elles qui trouveront également un espace d’évasion et d’écoute à travers le chant.

Associant la retranscription d’une émotion à travers l’abstraction musicale, Étienne Comar repasse donc par le biais de la musique comme métaphore d’une libération, et en prison. L’idée, atypique, est pour le moins intéressante, elle que l’on sent authentique dans sa démarche. Étienne Comar casse aussi l’image glauque des prisons, avec notamment l’utilisation de couleurs à prédominance claires, et cela une fois que le personnage d’Alex Lutz passe la porte d’entrée de la prison. Cela contraste ici avec les images extérieures, souvent filmées de nuit, autour de la vie morne et en retrait de Luc, dont on ne sait finalement pas grand-chose, tout en en sachant suffisamment pour le cibler, et voire sa détresse. Face notamment à Veerle Baetens et à Agnès Jaoui, le comédien touche dans sa partition, entre discrétion, souffrances intérieures et grande générosité. Et bien que les femmes qu’il côtoie manque de caractérisation, celles-ci offrent une prestation dans l’optique de mise en scène de son metteur en scène, cherchant à filmer une vision réaliste d’un atelier artistique dans le cadre d’une prison.

« À l’Ombre des Filles » n’a pas pour ambition de bousculer les consciences. D’ailleurs, ce film manque certainement de force de frappe, d’approfondissement de ses idées, et d’audace. Mais au travers du portrait sobre et en retenue de cet homme issu d’un milieu professionnel restrictif, retrouvant fois en son existence en compagnie de femmes oubliées, Étienne Comar nous livre un récit sensible, sans grand jeu de mots, brisant les a priori entre individus, se découvrant dès lors bien plus en commun qu’attendu, malgré leur condition et situation personnelles très différentes...



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