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Woody Allen
A Rainy Day in New York (Un jour de pluie à New York)
Sortie le 18 septembre 2019
Article mis en ligne le 15 septembre 2019
dernière modification le 13 janvier 2021

par Charles De Clercq

Synopsis : Deux étudiants, Gatsby et Ashleigh, envisagent de passer un week-end en amoureux à New York. Mais leur projet tourne court, aussi vite que la pluie succède au beau temps… Bientôt séparés, chacun des deux tourtereaux enchaîne les rencontres fortuites et les situations insolites.

Acteurs : Elle Fanning, Diego Luna, Timothée Chalamet, Selena Gomez, Jude Law, Liev Schreiber, Rebecca Hall, Kelly Rohrbach, Suki Waterhouse.

Sans atteindre le niveau de ses meilleurs films, Woody Allen nous offre ici un film qui brasse ses thèmes favoris, en les doublant d’une ode à New-York qui ravit la vedette à ses acteurs.

Une ville, un jour de pluie (l’on se doute que les machines à pluie ont dû tourner à plein régime). Gouttes d’eau sur une ville brûlante de l’amour de deux jeunes gens qui se rapprochent, se perdent, se retrouvent peut-être. Le tout sur fond de scènes qui jouent sur le quiproquo de situation. Elle, Fanning, doit faire une interview d’un réalisateur célèbre, mais qui doute de lui, ce qui amènera d’autres péripéties en cascade. L’on suit donc les deux (anti)héros dans une comédie sentimentale (ou pas).

L’actrice est parfaite dans ce rôle et certaines scènes (le hoquet, par exemple) devraient faire rire certains spectateurs. D’autres acteurs, Jude Law et Liev Schreiber, notamment, vont interpréter diverses facettes de l’humain, sur fond de références au cinéma. Derrière ceux-ci et d’autres acteurs, il y a bien sûr Woody Allen qui se dit et s’exprime, parfois en autodérision, ressassant ses démons et ses questionnements (métaphysiques ?).

Timothée Chalamet semble être l’alter ego jeune du réalisateur et si ce rôle lui convient alors même qu’il garde encore des traits adolescents, l’on pourra regretter parfois que Timothée Chalamet, l’acteur, auréole le personnage Gatsby plutôt que de s’effacer à son profit. Si vous êtes fan du cinéma de Woody, vous ne serez jamais dépaysé puisque ses thèmes favoris sont présents, doublés d’un hommage à une ville qu’il aime. A noter ici le rapport (bien juif ?) à la mère, car Gatsby passera son temps à l’éviter durant la plus grosse partie du film et lui, tout aussi bien que le spectateur, sera surpris du dévoilement final. On n’en dira pas plus. Ni non plus sur les retrouvailles en calèche ou sous une horloge ! Car l’on aura découvert durant le film qu’il ne s’agit pas que de Gatsby (certes magnifique... trop facile) et de Ashleigh, il y a une tierce partie : Chan (Selena Gomez) dont les rencontres avec Gatsby seront autant de point de tangente paradoxaux qui donneront sens à cette journée passée sous la pluie.

Reste une question. A l’heure du politiquement correct et du #Metoo et des dernières accusations de viol sur mineure portées contre le réalisateur, faut-il aller voir le film ou le boycotter après sa déprogrammation aux USA par Amazon et alors qu’il a été timidement présenté en ouverture du Festival de Deauville, suscitant l’indignation (ou pas) ? Après tout certains des acteurs et actrices ont bien reversé pour une « bonne cause » ce qu’ils avaient gagné avec ce film. Pourquoi pas, mais, m’engageant ici comme clerc (et non plus comme critique, puisque des consœurs et confrères m’ont demandé ce que le prêtre en pensait), avec de tels arguments, nous devrions censurer tous les textes de Paul dans le Nouveau Testament au prétexte qu’il avait commencé par persécuter les disciples de Jésus... Ce ne fut pas le cas, les disciples du Seigneur ont pardonné. Ce qu’a fait la victime du réalisateur : elle a pardonné, l’a félicité pour son film primé à Venise et surtout demandé que l’on ne revienne plus sur cette affaire. Et donc pour les catholiques qui me lisent : le pardon est au cœur de leur foi, condition nécessaire, pour les croyants, pour obtenir celui de Dieu.