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Cinécure est historiquement lié aux émissions radio consacrées au cinéma par Charles De Clercq sur RCF. Depuis l’automne 2017, Julien apporte sa collaboration au site qui publie ses critiques.

Les critiques de Julien Brnl
(3 Faces) 3 Visages
Réalisateur(s) : Jafar Panahi
Article mis en ligne le 14 août 2018

par Julien Brnl
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À défaut d’être immersif, parfois lent, et pas toujours clair dans son cheminement, voilà du cinéma partagé entre l’engagement, l’intelligence, et la bienveillance. 14/20

➡ Vu au cinéma Caméo des Grignoux - Sortie du film le 08 août 2018

Signe(s) particulier(s) :

  • neuvième long métrage de l’influent réalisateur iranien Jafar Panahi, pourtant interdit (depuis sept ans, pour vingt ans) d’exercer son métier de cinéaste dans son pays, ce qu’il continue malgré tout clandestinement sous la menace de l’incarcération, et cela afin d’illustrer l’enracinement et l’absence de liberté de la société iranienne ;
  • fiction inspirée, d’une part, d’une tendance grandissante en Iran, où l’avènement des réseaux sociaux permet à des particuliers de solliciter des professionnels du cinéma pour la réalisation de leurs projets, et, d’autre part, du suicide d’une jeune fille suite au refus de sa famille lui interdisant de faire du cinéma ;
  • Prix du scénario (ex-æquo avec Alice Rohrwacher pour le film « Heureux comme Lazzaro ») au Festival de Cannes 2018.

Résumé : Une célèbre actrice iranienne reçoit la troublante vidéo d’une jeune fille implorant son aide pour échapper à sa famille conservatrice... Elle demande alors à son ami, le réalisateur Jafar Panahi, de l’aider à comprendre s’il s’agit d’une manipulation. Ensemble, ils prennent la route en direction du village de la jeune fille, dans les montagnes reculées du Nord-Ouest où les traditions ancestrales continuent de dicter la vie locale.

La critique

Dans leurs propres rôles, le réalisateur iranien Jafar Panahi et l’actrice iranienne Behnaz Jafari (célèbre dans son pays) embarquent dans un road-trip, au départ de Téhéran, vers le Nord-Ouest du pays, dans la partie turque azérie de l’Iran, là où la population reste très attachée aux traditions, voire est archaïque. « 3 visages » est un portrait sociétal perturbant de la vie en Iran, au travers d’un périple à travers ses montagnes reculées, à la découverte de ses habitants, et plus particulièrement de celles de trois générations de personnages d’actrices, situées au cœur du récit.

Dans la réalité, le duo a pris la route au lendemain de l’approbation de l’actrice Behnaz Jafari à tourner dans un film pour, et avec, le réalisateur iranien, filmé une fois de plus dans le plus grand secret, depuis sa condamnation par les autorités de son propre pays. Dans la fiction, ils cherchent le corps d’une fille, après réception de sa vidéo tournée via son téléphone portable, la montrant en train de lancer un cri d’appel sur sa condition, et d’exécuter son suicide, suite au refus de sa famille de la laisser devenir actrice...

Tandis qu’un changement de mentalité semble opérer en Iran du fait de l’apparition du nom de collaborateurs au générique du film (ce qui n’était pas le cas pour son précédent film "Taxi Téhéran), Jafar Panahi continue à protester contre son pays via son cinéma. Cependant, il le fait sans démagogie, se contentant de mettre des images ce qui lui semble être un monde d’autrefois, traduit avec un humour et un respect humain des traditions, mais qui ne doivent pas être un frein à l’évolution des mentalités, et donc celle de son pays. Dans cette optique, il revendique son droit de tourner, et de montrer ses films chez lui, tout comme à l’étranger, où il reçoit pour ceux-ci de nombreuses récompenses, comme à Cannes en mai dernier.

Le fait que le réalisateur emprunte les routes sinueuses de ce coin reculé de son pays n’est pas anodin, et illustre tout le chemin qu’il reste encore à y parcourir pour le changement. Sa caméra, elle, située principalement derrière le pare-brise, s’offre quelques sorties de route, et donc des plans plus larges, bravant les obstacles de conditions de tournage difficiles, au service de la mise en lumière de la condition de la femme sous le régime patriarcal iranien, et dans cette optique, de l’importance et la beauté du travail d’actrice.

Tout en restant optimiste, et nourris de ses rencontres, « 3 Visages » offre un nouveau regard sur le travail de son réalisateur. Visage irremplaçable de ce qui n’est malheureusement pas une fiction, Jafar Panahi propose un récit qui n’a sans doute jamais été aussi poétique, et humble au regard de sa filmographie.



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