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CINECURE
L’actualité du cinéma sur RCF

CINECURE pas un blog mais le complément sur le web des émissions radio du même nom produites par Charles De Clercq pour la radio RCF en Belgique. Celui-ci est sensible aux émotions dont il se nourrit et aime analyser les rapport entre films et romans lorsque ceux-ci sont adaptés au cinéma.

Les critiques de Julien Brnl
🎬 Seule la Terre / God’s Own Country Film
Réalisateur(s) : Francis Lee
Article mis en ligne le 26 avril 2018

par Julien Brnl
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➡ Vu au cinéma Caméo des Grignoux - Sortie du film le 21 mars 2018

Signe(s) particulier(s) :

  • premier long-métrage du réalisateur Francis Lee, inspiré de sa propre vie, et tourné dans le Yorkshire, là où il a passé sa jeunesse dans la ferme familiale, et où réside et travaille encore sa famille ;
  • Hitchcock d’or (récompense suprême) au Festival du film britannique de Dinard 2017.

Résumé : Johnny travaille du matin au soir dans la ferme de ses parents, perdue dans le brouillard du Yorkshire. Il essaie d’oublier la frustration de son quotidien en se saoulant toutes les nuits au pub du village et en s’adonnant à des aventures sexuelles sans lendemain. Quand un saisonnier vient travailler pour quelques semaines dans la ferme familiale, Johnny est traversé par des émotions qu’il n’avait jamais ressenties. Une relation intense naît entre les deux hommes, qui pourrait changer la vie de Johnny à jamais.

La critique

Sous ses airs de « Brokeback Mountain » anglais, « Seule la Terre » nous narre l’histoire de Johnny, un adolescent homosexuel vivant en milieu rural, et travaillant dans le domaine de son père, très malade. Là où il vit, les paysages sont désolés, et le nombre d’habitants se compte seulement en dizaines. Difficile donc de se construire, d’autant plus qu’après le travail, il n’y a pas grand chose à faire, ni à espérer. Mais voilà qu’arrive, pour l’aider sur le domaine, un saisonnier Roumain, Gheorghe. La rencontre entre ces deux jeunes hommes se transformera en une histoire d’amour constructive et bienveillante, où la complémentarité des êtres est synonyme de rareté dans ces terres reculées.

D’un côté, il y a donc Johnny, que personne ne regarde, vivant dans l’indifférence totale, avec le devoir de perpétuer le travail familial dans la ferme. Dès lors, dès qu’il en a l’occasion, le jeune homme se fait remarquer en faisant n’importe quoi. C’est clairement le souffre-douleur de l’histoire, qui se cherche et erre, par manque d’un tissu social, et de maturité. De l’autre, il y a Gheorghe, généreux et à l’attention aussi bien de l’humain que de l’animal, jouant ici un rôle plus mûr, plus adulte. Face à la nature hostile qui les entoure, tous deux laissent transparaître, en regard de leur personnalité, le sentiment de joie mêlée d’appréhension, voire de refus, qui accompagne la naissance de leur relation. Mais Johnny et Gheorghe comprendront très vite qu’ils ont besoin de l’un l’autre, envisageant même un futur.

« Seule la Terre » est un premier film qui sent le vécu, même s’il n’est pas, à proprement parler, une autobiographie de son auteur. Quoi qu’il en soit, on ressent à travers sa caméra les éléments indissociables l’ayant fasciné et forgé tout le long de sa jeunesse, et adolescence. En commençant par les paysages, magnifiques, purs et éloignés du Yorkshire, qui transcendent l’isolement et la rudesse de son personnage principal. En effet, tourné avec une météo imprévisible, le film s’imprègne de son contexte spatial pour faire naître devant nos yeux une idylle à son image, à la fois violente par ses vents, que douce par ses naissances animales. Le film nous offre aussi une réflexion entre les responsabilités léguées face à l’envie de vivre pour soi, et, dans une moindre mesure, le poids de l’homosexualité dans ces populations rurales, aux mentalités peu évoluées.

Francis Lee filme ici l’amour dans toute sa construction, sa complexité, sa dépendance, sans détourner les regards face aux scènes de sexe (parfois crues et âpres), entre ces deux êtres magnétisés. « Seule la Terre » est un récit romantique, et initiatique vers le passage à l’état de soi, filmé comme une œuvre intemporelle, grandie et sublimée par son environnement. Un film qui laisse place à l’espoir, et qui s’ouvre comme une fleur, au regard du visage de Johnny, qui s’illumine à la découverte de ses premiers sentiments.

14/20



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