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CINECURE est le complément sur le web des émissions radio du même nom produites par Charles De Clercq pour les radios RCF en Belgique. Celui-ci est sensible aux émotions dont il se nourrit et aime analyser les rapport entre films et romans lorsque ceux-ci sont adaptés au cinéma.

Les critiques de Julien Brnl
🎬 Sans un Bruit / A Quiet Place
Réalisateur(s) : John Krasinski
Article mis en ligne le 23 mai 2018

par Julien Brnl
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➡ Vu au cinéma Acinapolis Jambes - Sortie du film le 09 mai 2018

Signe(s) particulier(s) :

  • troisième réalisation de John Krasinski après « Brief Interviews with Hideous Men » (2009) et « La Famille Hollar » (2016), lui qui co-scénarise et co-produit également le film ;
  • véritable phénomène mondial de cinéma de genre, comparable au récent carton commercial et critique de « Get Out » de Jordan Peele, ou encore de « Split » de M.Night Shyamalan, si bien que le film, qui n’a coûté « que » 17 millions de dollars de budget de production, en a déjà rapporté (actuellement) près de 300 millions dans le monde.

Résumé : Dans un monde post-apocalyptique, les rares survivants vivent sous la menace de créatures très sensibles aux sons. Ils doivent ainsi demeurer dans le silence. Une famille du Midwest va devoir lutter contre l’une de ces créatures.

La critique

Vous connaissez sans doute l’acteur John Krasinski par son rôle d’employé de société dans la série « The Office », ayant notamment remporté, en 2006, l’Emmy Awards de la meilleure série comique, lui qui est malheureusement souvent relégué en second rôle pour le grand écran. Avant d’incarner « Jack Ryan » pour une série produite par Amazon, John Krasinski réalise, co-scénarise et co-produit son troisième film intitulé « Sans un Bruit », dans lequel il partage également l’affiche avec son épouse à la vie, qui n’est autre que la sublime et talentueuse Emily Blunt. Les présentations faites, et si vous êtes un minimum à l’attention des médias, alors vous savez déjà que « Sans un Bruit » est un véritable succès, et qui plus est mérité. Car pour une première incursion dans le cinéma de genre, on appelle ça marquer en plein dans le mille !
Retenez bien votre souffle. Dans un monde post-apocalyptique, les derniers humains doivent vivre cachés dans le silence absolu, sous peine de se faire arracher la vie en moins de deux par des affreuses bêtes très sensibles aux sons...

Dès les premières scènes, le film donne le ton. On découvre alors une famille composée d’un couple et de leurs trois enfants, dont une sourde de naissance. Ensemble, ils remuent ciel et terre à la recherche d’un endroit le plus sécurisé possible pour s’installer, tout en faisant des provisions en chemin. Mais l’équilibre familial sera détruit (tel que nous le montre la bande-annonce) à la faute d’un jouet... Certes, les échos autour du film vendaient une œuvre haletante et effrayante, mais on ne l’imaginait pas aussi violente, ce qui lui offre dès lors un cachet supplémentaire, et réussi, dans son genre. Oui, on pourrait dire que « Sans un Bruit » à tout pour lui.

« Sans un Bruit » part d’une idée de scénario assez basique, mais pourtant très brillante dans son traitement. Car finalement, tout est ici une affaire de mise en scène, parfaitement dosée, ainsi que de travail sur le son. En effet, le réalisateur prône ici l’absence quasi-totale de tonalités quotidiennes émises par ses personnages, vivant dans un monde débarrassé du moindre bruit causé par l’homme.

À titre d’exemples, on discute par le langage des signes, tandis que l’on marche en rue à pied nu sur du sable... En moins de temps qu’il ne faut pour le dire, le spectateur se retrouve baigné dans une atmosphère pesante, livré, tels les personnages, vers un inconnu qui les guettent, et dans les deux sens du terme. D’ailleurs, si vous pensez tranquillement manger votre pop-corn et boire votre boisson gazeuse qui pétille dès que vous l’ouvrez, alors c’est mal connaître l’expérience qui vous attend.

L’aspect sonore est sans doute la plus grande réussite de ce premier essai pour John Krasinski dans le cinéma de genre, de plus en plus plébiscité par le public (et c’est tant mieux). En nous immisçant dans le quotidien (pourtant limité) de ses personnages, son film ne tarde pas à les confronter à la menace, que nous vivons tout autant qu’eux. À vrai dire, nos oreilles, qui se familiarisent au silence de la salle, réagissent instantanément au moindre craquement, ou pas de travers des personnages. Et ce n’est pas un clou retourné vers la pointe qui va les avancer, ni même un bébé prêt à voir le jour qui va les protéger, mais peut-être bien leur donner une nouvelle raison de vivre...

Sans temps-mort, et sans cesse dans l’alerte, « Sans un Bruit » est une expérience maligne, qui joue intelligemment avec nos nerfs. Mais là où l’on n’attendait pas non plus le film, c’est dans l’émotion. En effet, les interprétations des acteurs sont particulièrement soutenues, en particulier celles de John Krasinski et Emily Blunt, qui forment un couple comme à la vie comme à l’écran. L’alchimie se fait dès lors tout naturellement. Ensemble, ils reflètent avec force toute la détermination de parents dans la protection du cocon familial. John Krasinski nous offre d’ailleurs une scène très émouvante, et Emily Blunt, une très éprouvante. Aussi, on ne peut passer à côté du talent confirmé de Millicent Simmonds, découverte l’année passée dans « Le Musée des Merveilles » de Todd Haynes. Malgré sa surdité, et donc sa manière à elle d’appréhender son rôle, elle crève l’écran. Bref, on en a beaucoup pour cette famille, tandis que l’on sursaute avec elle, et ce, du début à la fin. Et rassurez-vous concernant la tête des monstres en question, car vous aurez l’occasion de leur faire un petit coucou.

Finalement, il n’est pas étonnant qu’une suite soit déjà prévue à ce phénomène qui mérite amplement tout le bien qu’on en dit. « Sans un Bruit » est un film d’ambiance ultra-efficace, qui prend aux tripes, et soulève tous types de frissons. Dans son genre, c’est une réussite sur toute la ligne.

16/20



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