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CINECURE
L’actualité du cinéma sur RCF

CINECURE pas un blog mais le complément sur le web des émissions radio du même nom produites par Charles De Clercq pour la radio RCF en Belgique. Celui-ci est sensible aux émotions dont il se nourrit et aime analyser les rapport entre films et romans lorsque ceux-ci sont adaptés au cinéma.

Les critiques de Julien Brnl
🎬 Pour le Réconfort
Réalisateur(s) : Vincent Macaigne
Article mis en ligne le 26 avril 2018

par Julien Brnl
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➡ Vu au cinéma Caméo des Grignoux - Sortie du film le 14 février 2018

Signe(s) particulier(s) :

  • premier long-métrage du comédien Vincent Macaigne après avoir réalisé un court-métrage intitulé « Ce qu’il Restera de Nous » (2011) et un téléfilm pour Arte, « Dom Juan et Sganarelle » (2015) ;
  • Macaigne fait ici tourner sa bande d’acteurs avec laquelle il a fait de nombreuses pièces de théâtre, ainsi que certains avec lesquels il a étudié au Conservatoire ;
  • le film s’inspire du dialogue spirituel de Vincent Macaigne avec Anton Tchekhov, ainsi que de son œuvre « La Cerisaie ».

Résumé : Pascal et Pauline reviennent sur les terres de leurs parents après des années de voyage, et se retrouvent dans l’impossibilité de payer les traites du domaine. Ils se confrontent à leurs amis d’enfance qui eux, d’origine modeste, n’ont jamais quitté leur campagne. Et à Emmanuel surtout, qui veut racheter leur terrain au meilleur prix pour l’expansion de ses maisons de retraite. Entre les amitiés d’hier et les envies de demain, la guerre aura-t-elle lieu ?

La critique

Pour un premier film, Vincent Macaigne accouche d’un objet cinématographique à son image, c’est-à-dire assez étrange. « Pour le Réconfort » est un film pour le moins difficile à appréhender dans sa forme, d’autant plus quand on sait qu’il a été tourné sans un rond, avec une petite caméra numérique, et pratiquement sans équipe. D’ailleurs, les acteurs venaient même sur le plateau de tournage quand ils le pouvaient, tandis que la réalisation du film s’est déroulée à la façon d’une expérimentation, mais autour d’idées scénaristiques bien ciblées par le réalisateur, Vincent Macaigne.

Le cinéaste s’attaque ici au thème de l’héritage au travers de l’histoire de ces frangins de retour au pays, afin de discuter du domaine légué par leur père, dont ils ne s’occupent pas, et qui attire bien des regards et convoitises, dont notamment ceux de leurs anciens amis. Plus en profondeur, Vincent Macaigne traite de la nature même de ces biens matériels laissés aux descendances, au détriment de valeurs sentimentales et d’expériences pour s’en sortir dans la vie. Outre ce sujet, Macaigne remue le couteau dans la plaie et étend sa question à ses répercussions au sein des différentes classes sociales touchées (aristocrates, bourgeois, prolétaires) par cette affaire d’argent hérité.

Macaigne enferme ici ses personnages dans une succession de dialogues énervés et monologues face caméra assez intenses, mais insupportables dans leur genre.
Le film souffre tout d’abord de son inconfort visuel (cette image sombre et sale est déplaisante) et auditif persistant, et ensuite de cette persistance qu’a le réalisateur à faire crier ses personnages (ou plutôt « penser fort », tel qu’il le précise) dans un récit qui pestifère les références prétentieuses. Autant dire qu’il faut s’accrocher à son siège pour tenir le coup de ce règlement de comptes unilatéral, dans lequel les personnages ont beau pleurer toutes les larmes de leur corps au détour de discours philosophiques et sociétaires abscons, cela ne nous effleure même pas, la faute à son traitement peu accessible, et franchement rédhibitoire.

Même si Vincent Macaigne part d’une intention honnête et sincère dans le fond, et d’une mise en forme faussement sophistiquée, pour alors nous livrer un premier film marginal, libérateur et politique, celui-ci s’enlise dans une noirceur et torpeur irrémédiable, rendant ses propos totalement indifférents, non-aidés par une impression d’avoir assisté à un exercice théâtral plutôt qu’à un film...

9/20



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