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L’actualité du cinéma sur RCF

CINECURE pas un blog mais le complément sur le web des émissions radio du même nom produites par Charles De Clercq pour la radio RCF en Belgique. Celui-ci est sensible aux émotions dont il se nourrit et aime analyser les rapport entre films et romans lorsque ceux-ci sont adaptés au cinéma.

Les critiques de Julien Brnl
🎬 Au Revoir Là-Haut
Réalisateur : Albert Dupontel
Article mis en ligne le 14 novembre 2017

par Julien Brnl
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  Sommaire  

➡ Vu au cinéma Caméo des Grignoux - Sortie du film le 25 octobre 2017

Signe(s) particulier(s) :

  • adaptation du roman homonyme de Pierre Lemaitre, récompensé par le Prix Goncourt en 2013.

Résumé : Novembre 1919. Deux rescapés des tranchées, l’un dessinateur de génie, l’autre modeste comptable, décident de monter une arnaque aux monuments aux morts. Dans la France des années folles, l’entreprise va se révéler aussi dangereuse que spectaculaire...

La critique

Après le succès critique et public (plus de deux millions d’entrées en France) de son précédent film « 9 Mois Ferme », César de la Meilleure actrice pour Sandrine Kiberlain et du Meilleur scénario original pour Dupontel, voilà que débarque aujourd’hui dans nos salles son film le plus ambitieux, « Au Revoir Là-Haut », adapté du roman homonyme de Pierre Lemaitre, récompensé du Prix Goncourt en 2013.

L’histoire se déroule après la guerre 14-18, où Édouard Péricourt (fils de la haute bourgeoisie, dessinateur fantasque, homosexuel, rejeté par son père, maintenant « gueule-cassée » suite à un obus, et effacé volontairement des listes nationales) et Albert Maillard (modeste comptable, devenu paranoïaque après guerre), une fois revenus du front d’Algérie, sont laissés-pour-compte par l’État, et décident de s’en venger en mettant en place un escroquerie digne de ce nom autour des monuments pour les morts. De son côté, Pradelle, leur lieutenant sur le front, profite lui aussi des nombreux morts de la guerre pour faire fortune avec les cimetières, tandis que le père de Péricourt cherche, tant bien que mal, à comprendre ce qui est arrivé à son film sur le front...

Le récit de ces deux poilus est ce que le cinéma français a vu de plus audacieux, et cela depuis longtemps (désolé Besson). Pour réaliser une fresque qui débute dans les tranchées, pour se poursuivre dans les années folles, il faut du culot, et surtout un budget. Mais sa renommée bien établie, Albert Dupontel a réussi à trouver près de vingt millions d’euros auprès des producteurs du film, afin de mettre en images cette histoire, avec l’aide de son auteur.

Assez fidèle au roman, mise à part dans le travail psychologique des personnes, et son final, « Au Revoir Là-Haut » est un film épique, où son histoire de vengeance satirique est mise en scène de manière virtuose. Sans précédent, le film aligne visuellement le très bon goût, et le sans-faute. Pour l’occasion, Dupontel ne cache pas s’être beaucoup documenté, renseigné, tout en revoyant une large filmographie de films d’époque. Ainsi, avec son équipe, le réalisateur, et auteur, réussissent l’exploit de redonner vie, de manière foisonnante, aux années trente. Les décors (de Pierre Queffelean) rivalisent avec ceux des plus grosses productions hollywoodiennes, tandis que les costumes (de Mimi Lempicka), aux couleurs et styles d’autrefois, étincellent sur les personnes, alors que photographie (de Vincent Mathias) et l’étalonnage et colorisation (de Lionel Kopp et Natacha Louis) donnent l’impression de voir une œuvre filmée il y a bien des années. Mais c’est, sans aucun doute, la caméra du réalisateur qui brise ici tous les codes, en termes de grandeur. À l’aide de travellings précis, de vues de drones et de grues, ou encore de gros plans, le réalisateur ne laisse rien au hasard, et vante chacun de ses plans au meilleur afin d’en capter toute leur puissance, qu’elle soit poétique, politique, émotionnelle, et on en passe. C’est que Dupontel, à travers cette histoire, a bien des choses à dire, à nous montrer. Bref, on ne sera pas étonné de voir reparti le côté technique du film de quelques Césars le 02 mars prochain...

Mais s’il y a dans ce film un aspect, pour le moins surréaliste, qui nous livre des messages, c’est bien le travail réalisé sur les masques, portés ici par Péricourt, suite à son accident sur le front, lui ayant coûté sa mâchoire. Dessinés par Cécile Kretschmar, ces derniers permettent de suivre l’évolution et les émotions de son personnage, caché derrière, mais qui vit d’autant plus qu’un autre personnage. Tantôt du style vénitien, ou empruntant le visage d’un professeur des Beaux-Arts, ou de Fantômas, mais encore d’une femme dessinée à la façon de Picasso, ces masques sont emprunts de poésie et vie, et d’une beauté immuable.

En parlant de personnages, force est de constater qu’Albert Dupontel a eu raison de choisir la révélation Nahuel Pérez Biscayart, vu récemment dans « 120 Battements par Minute » (de Robin Campillo). Malgré le port du masque, son interprétation possédée, et endiablée, joue justement de cet aspect particulier pour créer un personnage à la gestuelle artistique, intriguant et sensible, au regard pénétrable. Aidé par une traductrice (formidable Héloïse Balster) étant donné qu’il ne sait plus parler, son jeu d’acteur est d’autant plus subtil qu’il doit faire appel à une voix gutturale et caverneuse pour se faire comprendre. On est tout simplement prêt à s’incliner devant cette interprétation tout simplement incroyable. Dupontel, quant à lui, s’essaie et réussi dans un registre différent du sien dans la forme, bien que son personnage ne soit pas la pièce maîtresse de l’œuvre. Quelque peu canalisé, l’acteur essaie quelques fois d’être fidèle à lui-même, bien que l’histoire et son rôle ne le lui permettent qu’à de rares occasions. Laurent Lafitte est quant à lui magistral dans la peau d’une fripouille et ordure comme on aime les voir sur grands écrans ; celles qui animent en nous une volonté de règlement de compte, de justice contre leur grés. Sans oublier Niels Arestrup, émouvant dans la peau du père de Péricourt, regrettant la manière dont il l’a traité avant qu’il ne parte sur le front...

« Au Revoir Là-Haut » fait figure de grand film d’époque au panthéon actuel du cinéma français. Le nouveau film d’Albert Dupontel ne tarit ainsi pas d’éloges, bien qu’on ait tout de même un peu (beaucoup) du mal à retrouver son auteur, et son côté déluré, ainsi que l’aspect corrosif de ses propos. S’il y a vu pamphlet contre l’époque actuelle, le film n’en reste pas moins une grande histoire épique et classique, à laquelle il manque, à vrai dire, de folie, d’un soupçon d’imprévisibilités, que l’on ne retrouve pas ici, tant tout y est bien pensé. Cela ne ressemble pas à Dupontel. Dès lors, rentrerait-il dans les rangs ?
15/20

 Diaporama

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 Bande-annonce :

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