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CINECURE pas un blog mais le complément sur le web des émissions radio du même nom produites par Charles De Clercq pour la radio RCF en Belgique. Celui-ci est sensible aux émotions dont il se nourrit et aime analyser les rapport entre films et romans lorsque ceux-ci sont adaptés au cinéma.

Les critiques de Julien Brnl
🎬 L’Insulte / The Insult - قضية رقم ٢٣
Réalisateur : Ziad Doueiri
Article mis en ligne le 23 avril 2018
dernière modification le 25 avril 2018

par Julien Brnl
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➡ Vu au cinéma Caméo des Grignoux - Sortie du film le 24 janvier 2018

Signe(s) particulier(s) :

  • c’est une dispute entre le réalisateur du film et son plombier qui est à l’origine du film ;
  • le film revient sur le massacre de Damour (une localité chrétienne au sud de Beyrouth) en janvier 1976, où des miliciens de l’Organisation de Libération de la Palestine, et la Saïka (branche prosyrienne de la centrale palestinienne), y ont exécuté une grande partie de ses habitants, chrétiens libanais ;
  • outre la co-scénariste Joëlle Touma et Ziad Doueiri, ce dernier a souhaité que sa mère, avocate, participe à l’écriture du film ;
  • film nommé cette année à l’Oscar du meilleur film étranger.

Résumé : À Beyrouth, de nos jours, une insulte qui dégénère conduit Toni (chrétien libanais) et Yasser (réfugié palestinien) devant les tribunaux. De blessures secrètes en révélations, l’affrontement des avocats porte le Liban au bord de l’explosion sociale, mais oblige ces deux hommes à se regarder en face.

La critique

Beyrouth, Liban. Des travaux dans une rue, la gouttière d’un particulier qui fuit sur les ouvriers, et le début des ennuis... « L’insulte » part d’un incident banal de la vie de tous les jours, mais dont les propos soulèvent des mots malheureux, allant à l’encontre de la dignité de tout un chacun. Occupé à laver son balcon (et sachant bien que sa gouttière est inopérationnelle), Toni (un chrétien libanais) n’a aucun scrupule à arroser Yasser (un réfugié palestinien), maître de chantier. Toni, par fierté et orgueil, poussera Yasser à l’insulter, ce qui prendra dès lors des proportions douloureuses, émanant du passé, entre chrétiens libanais et palestiniens, et dès lors de leurs présences en tant que réfugiés dans un pays dans lequel ils sont encore considérés aujourd’hui comme des moteurs de guerre.

« L’Insulte » a l’intelligence de servir son propos corps et âme, en empruntant un chemin inédit, et finalement très pertinent. Car ramener sur la table un tel sujet tabou par le prisme d’une simple dispute prouve que les consciences ne sont pas encore tranquilles, et que le chemin vers le pardon et la paix est en perpétuel avancement.

Originaire de Beyrouth, le réalisateur Ziad Doueiri sait de quoi il parle, à l’heure où, dans son pays, l’enseignement de l’Histoire s’arrête en 1946, et où toute enquête sur les crimes commis, depuis lors, par les uns et les autres, est évitée. Mais son film n’est pas là pour enfoncer le couteau dans la plaie, mais bien pour présenter la vision de deux antagonistes, tous deux victimes, à leur manière, des guerres passées, pour lesquelles il est difficile de tourner la page. « L’Insulte » possède cette force d’écriture qui permet de comprendre la position de ses deux parties, complexes, et en proies aux marques indélébiles laissées par les traces du passé, qu’elles soient mentales ou visibles à la lumière du jour. Ici, en l’occurrence, c’est par les mots qu’elles se manifestent, d’où l’idée de développer l’intrigue via un procès, qui nous permettra dès lors de comprendre le fin fond de l’histoire.

Respectant les codes classiques et universels du film de procès, le procédé judiciaire qu’emprunte le film de Ziad Doueiri est assez efficace dans son genre, n’appuyant pas un quelconque souci d’éloquence, mais servant son sujet avec justesse et émotion. Certes, les avocats usent d’arguments mûrement travaillés et porteurs de sens, mais le mot final revient ici à la nécessité du pardon, à l’importance de tourner la page, et de vivre en son temps.

Adel Karam (Tony) et Kamel El Basha (Yasser) sont deux acteurs absolument magnétisants, interprétant leurs rôles avec conviction, sans que le film ne prenne parti pour l’un ou l’autre. Concrètement, Ziad Doueiri est un directeur d’acteurs dévoué à la cause de ses personnages, desquels se dégagent une profondeur et une intégrité au fur et à mesure de leur évolution. Car il est bien question aussi de ça dans ce film, soit faire avancer les mentalités, et montrer que la réconciliation des peuples est accessible à quiconque aura l’audace de mordre sur sa chique pour pardonner, et regarder vers l’horizon sans se retourner.

Cependant, dans son idée de montrer l’impact de cette querelle sur l’histoire de deux nations, le réalisateur a tendance à encombrer son récit de quelques excès démonstratifs, notamment lors d’altercations en rue entre les peuples touchés par le procès, en parallèle à celui-ci, ce qui a tendance à toucher au caractère authentique du procès, ou encore en surplombant son récit d’une relation assez tendue entre père et fille avocats, quelque peu hors-propos. Mais dans l’ensemble, la caméra du réalisateur ne se trompe pas.

Ziad Doueiri, de par sa caméra mobile filmant Beyrouth, ses acteurs et les peuples avec une certaine maestria, réussit ici une œuvre qui laisse place à l’avenir, mettant de côté le déshonneur, l’humiliation ou encore la rancœur issus du passé. C’est un film à portée universelle, utile, constructif, argumentatif, et résolument passionnant, optimiste, pour être vu par le plus grand nombre de spectateurs. Pas étonnant qu’il ait reçu une nomination à l’Oscar du meilleur film étranger... Voilà du vrai, et très bon, cinéma.

17/20



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