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CINECURE pas un blog mais le complément sur le web des émissions radio du même nom produites par Charles De Clercq pour la radio RCF en Belgique. Celui-ci est sensible aux émotions dont il se nourrit et aime analyser les rapport entre films et romans lorsque ceux-ci sont adaptés au cinéma.

Les critiques de Julien Brnl
🎬 I, Tonya
Réalisateur(s) : Craig Gillespie
Article mis en ligne le 26 avril 2018

par Julien Brnl
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➡ Vu au cinéma Caméo des Grignoux - Sortie du film le 21 février 2018

Signe(s) particulier(s) :

  • film biographique qui évoque le parcours de Tonya Harding (de ses 4 à 44 ans), célèbre ex-patineuse artistique condamnée en 1994 pour faux témoignage lors de la planification et de l’exécution de l’agression de sa rivale Nancy Kerrigan par son mari et son entraîneur. Une affaire scandaleuse qui l’a exclue de la fédération américaine du patinage et qui mit fin à sa carrière de patineuse ;
  • même si Margot Robbie s’est entraînée pendant quatre mois au patinage, des doublures ont dû être utilisées pour les scènes aux Jeux olympiques, tandis que la production a eu recours à des effets spéciaux pour l’exécution du « triple axel » (la figure la plus complexe en patinage féminin), et que seules six femmes ont réussi dans l’histoire de ce sport ;
  • Allison Janney, qui interprète ici le rôle de la mère de Tonya, a notamment remporté le Golden Globe 2018 de Meilleure actrice dans un second rôle, tandis qu’elle est également en bonne voie pour remporter l’Oscar correspondant.

Résumé : En 1994, le milieu sportif est bouleversé en apprenant que Nancy Kerrigan, jeune patineuse artistique promise à un brillant avenir, est sauvagement attaquée. Plus choquant encore, la championne Tonya Harding et ses proches sont soupçonnés d’avoir planifié et mis à exécution l’agression…

La critique

Voilà un destin comme Hollywood les adore, et nous aussi ! « Moi, Tonya » nous plonge dans l’une des plus incroyables affaires sportives ayant défrayé la chronique dans les années nonante autour de Tonya Harding, cette célèbre patineuse ayant réalisé pour la première fois dans l’histoire du patinage américain un triple axel, soit une figure consistant à sauter en arrière en l’air, en faisant trois tours et demi. Restée dans la légende pour ce saut d’exception, Tonya Harding a malheureusement davantage marqué les esprits pour l’agression de sa rivale de l’époque Nancy Kerrigan, pour laquelle elle fut condamnée à un certain niveau, lui ayant valu d’être exclue de la fédération américaine du patinage, et qui mit fin à sa carrière de patineuse. Le réalisateur Craig Gillespie (« The Finest Hours » en 2015) s’attaque aujourd’hui à sa biographie, en revenant principalement sur cet épisode, mais aussi sur sa vie sentimentale, autant gâchée que son talent.

Si ce nom ne vous dit pas grand chose, alors ce film vous permettra de découvrir tout d’abord le visage d’une petite fille née d’une mère violente, sans accroche, et autoritaire, et d’un père absent, soit dans une mauvaise famille, au cœur de l’Amérique profonde. N’ayant jamais été portée par son milieu social, Tonya Harding y a au moins acquis un savoir-faire exceptionnel sur la glace, étant alors obligée de patiner pendant des heures par sa mère... « Moi, Tonya » raconte tout d’abord le destin peu reluisant d’une femme n’ayant jamais eu de chance dans sa vie. Et c’est peu dire face aux coups que lui a porté, pendant des années, son mari. Pourtant, ces malheurs l’ont au moins aidé à se forger une carapace, et surtout une image assez croustillante. Tenues exubérantes, vocabulaire parsemé de jurons à la pelle, Tonya Harding ne manquait pas de passer aperçu, et notamment sur la glace, où elle exécutait, à chaque fois, sa propre petite chorégraphie, sur une musique assez grotesque. C’est un personnage à part entière que Margot Robbie (révélée dans « Le Loup de Wall Street » en 2013) interprète ici avec les honneurs, et qui confirme tout le bien qu’on pensait déjà d’elle. Barbouillée d’un maquillage prononcé, habillée et coiffée à la manière de l’époque, elle se donne à fond dans son personnage, et ses punchlines bien grasses. Malgré son impertinence, son personnage parvient à créer en nous de l’empathie, et à nous amener à creuser sa forte personnalité, ses motivations, et à découvrir ses anges et démons. Mais outre, Tonya, il y a LaVona, sa mère, soit un affreux personnage qui risque de vous surprendre tout autant que le principal. Et une mère comme celle-là, il n’en existe fort heureusement pas deux. Et pour l’occasion, Allison Janney la porte dans tout son manque d’humanité, et son déni sentimental.

Là où « Moi, Tonya » sort certainement du lot des biopics classiques basés sur des histoires « hors du commun », c’est sans doute dans sa mise en scène, à la manière d’un faux-documentaire, et où l’on découvre les principaux intéressés revenir, face caméra, sur les différents épisodes de cette vie, pas toujours toute rose. Aussi, le réalisateur offre à ce récit un rythme trépidant, enlevé, et une bande-originale « rock’n roll », à l’image du tempérament de Tonya Harding.
Parsemant le scénario de Steven Rogers de vraies et fausses scènes discutées par ses propres personnages, le film prend aussi à partie l’opinion du public sur cette affaire, et joue de son jugement. Car finalement, si chacun se fera son propre avis sur l’affaire, le film n’est pas là pour poser un regard négatif sur son fin fond, mais plutôt sur ce qui l’a engendrée, et ses répercussions sur le destin tragique d’une championne. Et puis, cerise sur le gâteau, le film ne fait pas dans la demi-mesure en ce qui concerne le racisme social auquel a dû faire face Tonya dans une Amérique puritaine... Tout un spectacle assez pathétique, et pourtant vrai !

S’il ne résistera pas à l’épreuve du temps, « Moi, Tonya » fait figure de mauvais élève dans la course aux Oscar, et cela dans le bon sens du terme, étant donné son discours arrosé et mordant, et son apparence qui sort du cadre. Un film politiquement incorrect, à contre-courant de l’image habituelle que nous offre les biopics lambda.

14/20



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