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Les critiques de Julien Brnl
Hostiles Movie
Réalisateur(s) : Scott Cooper
Article mis en ligne le 26 avril 2018
dernière modification le 29 juillet 2018

par Julien Brnl
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➡ Vu au cinéma Caméo des Grignoux - Sortie du film le 28 mars 2018

Signe(s) particulier(s) :

  • « Hostiles » est né préliminairement d’un manuscrit écrit par le défunt scénariste Donald E. Stewart ;
  • une partie des dialogues du film sont notamment prononcés dans la langue cheyennes du nord, nécessitant ainsi sur le plateau de véritables descendants et consultants cheyennes, lesquels l’ont alors enseignée aux acteurs principaux, qui l’emploient dès lors correctement dans le film ;
  • film tourné entre le Nouveau-Mexique et le Colorado, dans des décors naturels.

Résumé : En 1892, le capitaine de cavalerie Joseph Blocker, ancien héros de guerre devenu gardien de prison, est contraint d’escorter Yellow Hawk, chef de guerre Cheyenne mourant, sur ses anciennes terres tribales. Peu après avoir pris la route, ils rencontrent Rosalee Quaid. Seule rescapée du massacre de sa famille par les Comanches, la jeune femme traumatisée se joint à eux dans leur périple. Façonnés par la souffrance, la violence et la mort, ils ont en eux d’infinies réserves de colère et de méfiance envers autrui. Sur le périlleux chemin qui va les conduire du Nouveau-Mexique jusqu’au Montana, les anciens ennemis vont devoir faire preuve de solidarité pour survivre à l’environnement et aux tribus comanches qu’ils rencontrent.

La critique

Voilà sans doute l’un des grands absents totalement injustifiés des dernières cérémonies de récompenses cinématographiques, alors qu’il était pourtant sorti au moment propice pour être cité...
Déjà maître de quatre longs-métrages dont l’oscarisé « Crazy Heart » en 2009 (meilleure chanson originale et du meilleur acteur pour Jeff Bridges), Scott Scooper réalise ici « Hostiles », dans lequel il nous emmène, une fois de plus dans son travail, lors d’un épisode charnière de l’histoire américaine, soit ici en 1892, alors que la guerre entre les Indiens et les colons est désormais terminée. On y suit alors un ancien héros de guerre (Christian Bale) désormais capitaine de cavalerie en fin de carrière, n’ayant pas d’autre choix que d’escorter, sous les ordres du Président, un chef de guerre cheyenne mourant, ainsi que sa famille, jusqu’à leurs terres tribales natales.
Le western n’est pas mort, la preuve en est avec ce périple humain du Nouveau-Mexique au Montana, où le poids de plusieurs années de guerre se fait ressentir tout le long, et jusqu’à nos jours.

Seconde fois déjà que le réalisateur dirige l’acteur caméléon Christian Bale après « Les Brasiers de la Colère » en 2013, lui qui avait déjà tourné dans le western « 3h10 Pour Yuma » de James Mangold en 2008. Et une fois n’est pas coutume, il livre une prestation saisissante de profondeur et de retenue, en incarnant Joseph Blocker, un personnage façonné par une lutte sans merci entre les peuples, et les horreurs qui en ont découlé, et qui en découlent encore. Le genre de prestation où la puissance du regard, la posture, suffisent à eux pour déjà en soulever une grande force. Christian Bale est parfait dans la peau de ce héros de guerre qui regarde droit devant lui, humble dans ses missions (au nom de la « patrie »), mais qui restera marqué à jamais au fer rouge par ce qu’il a vécu. Au travers de ce voyage, son personnage affiche avec puissance le long chemin vers la réconciliation, le pardon, au-delà de la rancœur installée. Et c’est certainement l’un de ses meilleurs rôles à ce jour, tant il transcende, avec pourtant un minimum de dialogues, l’aigreur de la vie de son personnage. À côté de lui, il y a aussi Rosamund Pike, que l’on retrouve ici dans un rôle à sa mesure (après celui d’Amy Elliott-Dunne dans le « Gone Girl » de David Fincher), terrassé suite au massacre de sa famille par des Comanches, mais bien décidée à se venger, et surtout à vivre. Sans oublier Wes Studi, alias le chef de guerre cheyenne Yellow Hawk, et ennemi juré de Joseph Blocker, lequel doit pourtant l’accompagné jusqu’à sa résidence mortuaire...
L’une des plus grandes vérités de ce film réside forcément dans l’écriture de tous ses personnages, dans lequel aucun d’entre eux n’est épargné, ni n’a les mains propres. Ainsi, les uns comme les autres sont quelque part coupables d’actes effroyables, alors qu’ils sont enracinés par la souffrance, et la violence. On est manifestement loin ici de tout manichéisme dans la vision du conflit qui affrontait jadis ces hommes, lui qui, pourtant, alimente toujours notre actualité.

En effet, « Hostiles » résonne particulièrement comme une piqûre de rappel sur la colonisation, le racisme qui sévissait déjà, et qui sévit encore, ou encore du mauvais traitement infligée aux personnes dites « différentes ». Difficile de constater que malgré des lois passées, et des progrès, les mentalités peinent à trouver un équilibre serein. Et puis, c’est surtout un récit dans lequel rôde la mort, à chaque avancée, à chaque pensée de nos personnages, et tout cela au nom de la guerre. Mais à quoi bon ?

Tourné dans des décors naturels entre le Nouveau-Mexique et le Montana, le film est une ode aux paysages et étendues sauvages arides à perte de vue de l’Ouest américain, et ayant façonné sa légende. La photographie Masanobu Takayanagi est à couper le souffle, tandis que les costumes de Jenny Eagan nous permettent d’imaginer bien vite l’histoire des personnages, tout en les rendant charismatiques. À vrai dire, le visuel du film contrebalance avec oxygénation face au caractère parfois éprouvant de l’œuvre.

« Hostiles » est une longue et parfois lente chevauchée au confins des racines américaines actuelles, et même universelles, au travers de laquelle des peuples mutuellement torturés vont faire de leur mission commune un exemple de rédemption. Un film où l’homme est présenté avec ses failles les plus profondes, mais aussi dans toute son humanité, à l’image de cette sublime scène finale, qui illustre subtilement notre soif d’espoir, et de partage avec autrui. - 16/20



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