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CINECURE
L’actualité du cinéma sur RCF

CINECURE pas un blog mais le complément sur le web des émissions radio du même nom produites par Charles De Clercq pour la radio RCF en Belgique. Celui-ci est sensible aux émotions dont il se nourrit et aime analyser les rapport entre films et romans lorsque ceux-ci sont adaptés au cinéma.

Les critiques de Julien Brnl
🎬 Finding Your Feet
Réalisateur(s) : Richard Loncraine
Article mis en ligne le 26 avril 2018

par Julien Brnl
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➡ Vu au cinéma Caméo des Grignoux - Sortie du film le 11 avril 2018

Signe(s) particulier(s) :

  • dernier film du réalisateur britannique Richard Loncraine, lui qui a autant travaillé pour le petit que pour le grand écran, et cela pour des productions de tous genres.

Résumé : Après un mariage de 35 ans, ’Lady’ Sandra Abbott découvre que son mari a une liaison amoureuse avec sa meilleure amie. Du coup, elle décide d’aller vivre chez sa sœur aînée, Bif, qui est tout à fait l’opposée d’elle-même. Elle est franche, libre d’esprit, a plein de rendez-vous galants et elle occupe un petit flat de location. Et si ce changement d’environnement était précisément ce dont Sandra avait besoin ? À contrecœur, Sandra accompagne Bif à ses cours de danse, où elle fera la connaissance des amis de sa sœur : un groupe haut en couleurs et énergique, qui fait comprendre à Sandra que la vie commence à la retraite. Et qu’un divorce peut redémarrer la vie (amoureuse) ...

La critique

Pour une fois qu’un distributeur ne ment sur sa marchandise... Vendu comme « le feel-good movie de l’année », cette comédie dramatique britannique autour du troisième âge est un irrésistible moment de cinéma universel, qui saura se faire aimer de tous.

Surfant sur la vague des films (« The Best Exotic Marigold Hotel » de John Madden en est l’exemple-type) autour de personnages qui entament une nouvelle page de leur vie à l’aube de leur retraite, « Finding Your Feet » ne prêtant pas révolutionner le monde du cinéma, ni celui de la comédie. Pourtant, il fait d’ores et déjà partie des plus belles surprises de l’année pour l’aura qu’il dégage.

Certes, le bon vin se bonifie avec l’âge, mais force est de constater que le jeu d’acteurs suit aussi les mêmes lois de la nature. Porté par un quintet de personnages on ne peut plus attachants, « Finding Your Feet » nous emmène à la rencontre de ’Lady’ Sandra Abbott, une épouse fidèle, issue de la classe moyenne, mais ayant toujours vécu dans les jupes d’un mariage de luxe, où le café se boit avec l’auriculaire en l’air. Jusqu’au jour où elle découvre que son mari la trompe avec sa meilleure amie. Elle décide alors de partir vivre chez sa sœur, avec laquelle elle n’a plus en commun que le nom de jeune fille… C’est Imelda Staunton (Dolores Jane Umbridge dans la saga « Harry Potter ») qui interprète cette femme snob et désagréable, pour qui l’image prime sur les plaisirs de la vie. Mais quel fabuleux rôle de composition que celui de Sandra, étant donné son évolution sociale enthousiasmante face à sa nouvelle vie. Car oui, là, où s’arrête son mariage, en commence en autre (pas forcément au sens littéral du terme). Sa sœur, bif, est incarnée avec émotions par Celia Imrie (vue dans la trilogie « Bridget Jones » ou dans « Indian Palace », et sa suite). Et c’est strictement ici l’opposée de sa sœur, puisqu’elle profite de la vie dans tous ses états, tandis qu’elle vit dans un petit appartement, où le désordre règne. Si les retrouvailles sont électriques, et sujettes à de l’humour corrosif face au monde les séparant, leur duo nous prendra vite par les sentiments, tant il dégage un amour bienveillant entre sœurs, qui se renforcera, malgré le temps perdu. On se régalera dès lors de leurs nouvelles aventures, dont notamment des cours de danse. C’est par ce biais que Sandra rencontrera les amis de sa sœur, en commençant par Charlie, son meilleur ami (un homme simple et bricoleur), ayant quant à lui revendu sa maison pour payer les soins de sa femme, attente d’Alzheimer. C’est Timothy Spall (« Mr. Turner », ou encore Peter Pettigrow dans la saga « Harry Potter ») qui joue ce personnage, d’un charisme foudroyant, et d’un charme absolu. Bravo ! Sans oublier les autres amis, campés par Joanna Lumley (Jackie) ou David Hayman (Ted), pour ne citer qu’eux. Ce qui touche d’emblée dans ce portrait de la soixantaine, ce sont donc ses personnages, d’une justesse folle, envers lesquels notre empathie est grandissante au fur et à mesure de leurs moments de vie partagés. Ils nous prennent par la main, pour alors ne plus la lâcher, eux qui nous restent en mémoire, et dans le cœur, bien après séance. Portés par des acteurs particulièrement ravissants, cette panoplie de délicieux rôles offrent à ce film une joie et un amour communicatif.

Qui dit comédie britannique, dit humour britannique. Sans être hilarante, c’est dans ses répliques parfois pince-sans-rire, ou à l’humour noir, qu’elle tire parti de nos zygomatiques, bien que c’est avec le sourire aux lèvres que l’on passe la majeure partie du film. D’ailleurs, cette histoire rigole aussi de la « lutte des classes » avec la manière qui va avec, sans pour autant blesser. Et donc, là où « Finding Your Feet » nous rapproche encore un peu plus de lui, c’est bien dans la finesse de ses dialogues, avec ses mots, et expressions de la vie de tous les jours, qui prennent ici un sens tout particulier. Ainsi, au détour de simples discussions entre personnages, l’écriture du film permet d’en ressortir ses plus beaux jeux de mots à des moments propices, créant inévitablement l’émotion, par leurs résonnances. Et il n’en est pas possible autrement. On reconnaît dès lors dans ce film cette patte « so british », que ça soit dans l’écriture de ses personnages, que dans son ton, ou encore son humour.

Si « Finding Your Feet » s’inscrit dans le genre de la comédie, il n’en demeure pas moins un film qui ose parler de la vie lorsque l’on a trois fois vingt ans sans faire abstraction de ses moments les plus durs, ni de sa fatalité occasionnelle. Ainsi, il nous parle aussi de la maladie, tout comme de la mort, ce qui renforce encore plus l’authenticité de cette tranche de vie racontée autour de ses cinq personnages principaux. Oui, on se surprend à se retenir de pleurer à chaudes larmes à plusieurs reprises, tant on s’amourache de cette bande, assez unie, ou de nouveau réunie, et cette fois pour de bon. Mais qu’à cela ne tienne, c’est définitivement par le côté lumineux de ses propos que l’on quitte cette séance, avec cette magnifique sensation d’avoir gagné notre journée.

Finalement, la retraite n’est que le début d’une nouvelle aventure, et ce film nous le met si bien en images que nous sommes déjà prêts à passer le cap. Enfin, presque prêts. On va encore attendre quelques années pour cela ! Une chose est certaine, cette comédie sur le temps qui passe se regarde avec délectation, malgré son côté un peu convenu.

Alors que l’on se dit souvent que les années filent, on ne peut constater que ces presque deux heures de baume au cœur passent à la vitesse de lumière, et que l’on remettrait dès lors bien vite un pied en salle pour en reprendre encore un peu. Vous venez ?

18/20



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