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L’actualité du cinéma sur RCF

CINECURE pas un blog mais le complément sur le web des émissions radio du même nom produites par Charles De Clercq pour la radio RCF en Belgique. Celui-ci est sensible aux émotions dont il se nourrit et aime analyser les rapport entre films et romans lorsque ceux-ci sont adaptés au cinéma.

Les critiques de Julien Brnl
🎬 Detroit
Réalisatrice : Kathryn Bigelow
Article mis en ligne le 30 octobre 2017

par Julien Brnl
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➡ Vu au cinéma Caméo des Grignoux - Sortie du film le 11 octobre 2017

Signe(s) particulier(s) :

  • le film revient sur les émeutes ayant eu lieu à Detroit en juillet 1967, déroulée sur cinq jours, et ayant causé la mort de 43 personnes et blessé 467 autres ;
  • Bigelow a été l’objet d’un procès en légitimité, véhiculant l’idée que seul un réalisateur ou une réalisatrice noire pouvait s’emparer du sujet de la ségrégation raciale et le traiter avec pertinence ;
  • le film s’ouvre sur l’œuvre du peintre Jacob Lawrence intitulée « Migration Series ».
  • Résumé : Été 1967. Les États-Unis connaissent une vague d’émeutes sans précédent. La guerre du Vietnam, vécue comme une intervention néocoloniale, et la ségrégation raciale nourrissent la contestation.
    À Detroit, alors que le climat est insurrectionnel depuis deux jours, des coups de feu sont entendus en pleine nuit à proximité d’une base de la Garde nationale. Les forces de l’ordre encerclent l’Algiers Motel d’où semblent provenir les détonations. Bafouant toute procédure, les policiers soumettent une poignée de clients de l’hôtel à un interrogatoire sadique pour extorquer leurs aveux. Le bilan sera très lourd : trois hommes, non armés, seront abattus à bout portant, et plusieurs autres blessés…

La critique
Autant rappeler dès le départ que Kathryn Bigelow est la seule femme, jusqu’à présent, à avoir remporté l’Oscar de la Meilleure réalisatrice pour « Démineurs », en 2010. Reparti également avec cinq autres Oscars dont celui du Meilleur Film, le film présentait la guerre avec toute l’adrénaline qu’elle suscite autour d’une équipe de démineurs, à Bagdad. Trois ans plus tard, son film « Zero Dark Thirty », sur la traque d’Oussama Ben Laden par la CIA, avait aussi remporté un franc succès, avec cinq nominations aux Oscars, dont celle du Meilleur film.

De retour avec tout le flegme qu’on lui connaît pour dénoncer les tords de sa patrie, elle nous présente aujourd’hui son nouveau film « Detroit », revenant sur l’une des émeutes à caractère racial les plus terribles de l’histoire des Etats-Unis (post guerre du Viêtnam), résonnant avec le contexte social actuel très tendu secouant son pays.
On a déjà vu maintes et maintes fois au cinéma des histoires inspirés de faits réels, et d’autant plus celles qui nous parlent du racisme affiché par les Américains nés avec la « bonne couleur ». Récemment encore, Raoul Peck retraçait les luttes sociales d’Afro-Américains célèbres lors de ces dernières décennies dans son documentaire « I’m Not Your Negro », candidat à l’Oscar du Meilleur documentaire en 2017. Pourtant, force est de constater que Kathryn Bigelow réussi à nous flanquer une frousse à nous retourner l’estomac face au caractère inhumain du racisme.

Dans « Detroit », il est question (en grande partie) d’un huit-clos où des policiers, persuadés d’avoir été la proie de coups de feu depuis un motel, prennent en otage ses occupants Afro-Américains (et pas que) dans le but de les provoquer afin d’en obtenir des aveux, et mêmes plus, des réactions agressives, et ainsi avoir de bonnes raisons pour les arrêter, voire plus...

Drame historique sans précédent, cette immersion totale dans l’enfer d’une nuit vécue par ces Américains de couleur a de quoi soulever l’indignation face aux pratiques utilisées par certains membres racistes des forces de l’ordre de l’époque, et encore à l’heure actuelle, avec tous les faits divers que l’on découvre aux infos, ou à travers des vidéos sur Internet.

Avec sa caméra au plus près de ses personnages, Kathryn Bigelow filme, d’une part, toute la peur de ces personnes prises au piège d’un fléau et, d’autre part, le visage et pratiques d’individus racistes, utilisant dès lors des méthodes « subtiles » (pour échapper à leur hiérarchie) et ignobles pour arriver à leurs fins.

Aux Etats-Unis, le film a été un très gros échec commercial, ce qui prouve que la question du ségrégationnisme y est encore un sujet très sensible, et d’autant plus que les Américains Blancs ne sont pas encore près à voir ce genre de film...

Peut-être aussi que le film de Bigelow montre ces événements pertinents de manière un peu trop appuyée, et libre... En effet, « Detroit » souffre d’un manque de perspectives sur ses faits en général, qui, à travers une mise en scène violente, sonnent parfois davantage comme des comptes à rendre, plutôt que des messages à faire passer. Ce qui dénature aussi sa procédure, ce sont les libertés fictionnelles prises par Bigelow et son scénariste Mark Boal, ayant notamment inventé quelques éléments, tel que l’existence du policier Krauss (glaçant Will Poulter), représentant ici pourtant le mal absolu dans l’histoire, et ses faiblesses. Enfin, « Detroit » se termine par le procès autour de l’affaire de l’Algiers Motel, durant la la nuit du 23 juillet 1967, qui, aujourd’hui encore, n’a pas abouti favorablement, et dont la légitimité sur grand écran n’a pas beaucoup de sens, si ce n’est de renforcer le sentiment d’injustice.

Quoiqu’il en soit, le cinéma de Bigelow n’y va pas par quatre chemins, soit du cinéma engagé qui frappe une fois de plus un grand coup, pas toujours dosé comme il faut, mais où la frontière entre fiction et réalité, mélangée avec des images d’archives, attire notre attention, et d’autant plus face à l’actualité, bien floue, qui se joue devant nos yeux, face au racisme viscéral qui semble toujours bien présent dans nos sociétés contemporaines.
14/20

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Bande-annonce :

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